Syndicaction

Résumé
Sous un de mes précédents posts, une lectrice écrit qu’il est dommage que les « clients », c’est-à-dire les salariés et les agents, ne soient pas présents dans ces réunions où se discute leur avenir. J’ai répondu que si, qu’ils y étaient, puisque leurs représentants y siégeaient.
Cette évidence, j’ai dû la dire. Depuis, je me demande comment nous en sommes arrivés là.
Quelques chiffres donnent la mesure. Aux élections professionnelles des entreprises de moins de 11 salariés, la participation est passée de 10,38 % en 2012 à 7,35 % en 2017, puis à 5,44 % en 2021, selon le site Copeps. Ce scrutin n’est pas celui d’un CSE, et le Covid a pesé sur 2021, mais la pente est nette. Moins on vote, moins on se mobilise, et plus on se dit qu’on se débrouillera seul en cas de litige avec l’employeur.
Voici ce que je crois avoir vu se produire, en cinq temps.
Le mandat est devenu invisible. On vote, on délègue, on oublie. Ce qui se fait en notre nom finit par se faire loin de nous.
Nous nous sommes professionnalisés. Les sigles, les instances et les calendriers de négociation ont formé une langue qui n’est plus celle de l’agence ou de l’atelier.
Le syndicat s’est mis à ressembler à un service. On le sollicite en cas de pépin, comme on appelle un prestataire. Le mot « client » vient de là, et un client n’a pas vocation à siéger.
Le travail s’est individualisé. Entretien annuel, objectifs personnels, télétravail : chacun négocie son petit périmètre et le « nous » s’effrite.
La mémoire s’est perdue. Les congés, les garanties, les protections paraissent aller de soi. Beaucoup ignorent que quelqu’un a siégé pour les obtenir.
De là vient l’idée qu’on s’en sortira aussi bien seul. Face à un employeur outillé, un salarié isolé plaide sa cause, alors qu’accompagné il pèse davantage.
Ce fossé arrange aussi quelqu’un. Un représentant que les salariés ne suivent plus négocie sans rapport de force, et la direction le voit : la salle derrière lui est vide. Les litiges se règlent un par un, sans effet de précédent. Une revendication qui ne s’appuie sur personne se classe plus facilement. Je ne prête pas cette stratégie à toutes les directions, et plusieurs savent ce que vaut un dialogue social adossé à des salariés qui comptent. Mais un collectif qui s’effrite ne leur coûte aucun rapport de force, et c’est un confort.
Une part de ce fossé reste pourtant de notre fabrication. Nous avons beaucoup siégé et peu raconté. Nous avons obtenu des choses sans dire que nous les avions obtenues. On ne peut pas se plaindre d’être invisibles quand on a cessé de se montrer.
Ce que je propose :
→ Rendre compte après chaque réunion importante : trois lignes aux salariés sur ce qui s’est dit, ce que nous avons défendu, ce qui a bougé.
→ Consulter avant de négocier. Une question posée aux collègues vaut mieux qu’un tract distribué après coup.
→ Ouvrir les portes : inviter des salariés à voir comment se prépare un dossier.
→ Dire d’où viennent les acquis : chaque avantage obtenu a un nom, une date, une organisation derrière lui.
→ Raconter, avec des cas anonymisés, la différence entre un litige traversé seul et un litige accompagné.
Et vous, quand avez-vous vu pour la dernière fois votre représentant du personnel, et qu’a-t-il fait pour vous ? Écrivez-moi, y compris pour me contredire.
Sources : Copeps, résultats des élections professionnelles TPE 2017 et 2021 (copeps.fr/actualites/election-professionnelles-tpe-20117/).
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