L'Écho du Changement

Résumé
Cette semaine, Luc Julia comparait l'IA à un burger. Un ingénieur qui parle sandwich, on sourit. Puis on cesse de sourire : puces, cloud, modèle, chaque étage a son propriétaire, et rarement le nôtre. Mistral compris, les étages du burger s'assoient à la même table. Avant tout déploiement d'IA, une cartographie des dépendances s'impose.
Cette semaine, derrière l’écran d’une réunion Teams, Dr. Luc JULIA parlait depuis San Diego. Et il a sorti une image que je n’ai plus quittée : celle du burger. Un ingénieur qui compare l’intelligence artificielle à un sandwich, on sourit. Puis on cesse de sourire.
Parce que le burger de l’IA, c’est notre plateau-repas de dépendances.
Le pain du bas, c’est le matériel : les puces qui calculent. Nvidia en détient environ 80 % du marché des accélérateurs d’IA. Elles sont gravées à Taïwan, avec des machines néerlandaises, celles d’ASML, passage obligé des puces de pointe. L’Europe ne possède pas le pain. Elle tient le four, ce qui n’est pas rien.
La viande, c’est le cloud. Amazon, Microsoft et Google pèsent environ 70 % du marché européen. Les fournisseurs européens, eux, sont passés de 29 % en 2017 à 15 % aujourd’hui. Aucun ne dépasse 2 % à lui seul. Des offres « de confiance » existent, adossées à des partenaires américains, et Bruxelles a proposé en juin de tripler la capacité de centres de données. Reste une question simple : qui détient la clé, et sous quel droit ?
Le pain du haut, c’est le modèle. Américain ou chinois, pour l’essentiel. La famille Qwen d’Alibaba a dépassé 700 millions de téléchargements. Mistral, sur la plateforme OpenRouter, pèse moins de 1 % du volume. Un seul thermomètre, mais il donne le ton.
Et Mistral, justement. Ne nous voilons pas la face : ce n’est plus tout à fait la start-up du garage parisien. En septembre, elle a levé 3 milliards d’euros, valorisée à plus de 21 milliards, avec Samsung en tête de table. Son premier actionnaire est néerlandais : ASML. Les fonds américains sont présents, mais ils ne sont pas seuls, et les investisseurs européens détiendraient désormais les deux tiers du capital. Les fondateurs sont français, le siège est à Paris, les modèles sont ouverts, le droit applicable est européen.
Le paradoxe est ailleurs : ceux qui financent Mistral sont aussi ceux qui lui vendent ses puces. Les étages du burger se retrouvent assis à la même table.
Ce que ça change pour vous
Votre assistant IA, votre outil RH, votre copilote de messagerie reposent sur ce burger. Vos données de salarié transitent par un cloud, un modèle, une juridiction. Vous avez le droit de savoir lesquels. Où sont hébergées les données ? Quel modèle les traite ? Quelle loi s’applique en cas de litige ? Peut-on changer de fournisseur sans tout perdre ?
La voix syndicale
La souveraineté ne se mesure pas au passeport du capital, mais au contrôle : qui héberge, qui exploite, qui peut couper. Je défends donc une exigence simple : avant tout déploiement d’IA dans l’entreprise, une cartographie des dépendances, présentée aux représentants du personnel. Chaque étage du burger doit être nommé. On ne consulte pas un CSE sur un sandwich dont on ignore la recette.
Je ne plaide pas pour l’autarcie, elle est illusoire. Je plaide pour la lucidité, et pour une vraie volonté d’investir dans nos pépites plutôt que de les applaudir de loin.
Et puisqu’il faut être cohérent avec ce que je défends, je range mon burger. Place au jambon-beurre : le pain, c’est le hardware, le beurre, c’est le cloud, le jambon, c’est l’IA. Et là, je pose les questions de n’importe quel client exigeant : d’où vient le blé, d’où vient le beurre, d’où vient le cochon ? Une appellation d’origine contrôlée, en somme. Ce serait déjà un joli commencement pour la souveraineté. Il ne manquerait plus que les cornichons, mais ça, c’est une autre négociation.
Et vous, dans votre entreprise, savez-vous qui prépare le sandwich que l’on vous sert ? Dites-le-moi en commentaire.
Lire la publication sur LinkedIn