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Quand l’ego devient ergot : anatomie d’un aveuglement

Quand l’ego devient ergot : anatomie d’un aveuglement

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Résumé

Ce n’est pas la puissance qui rend sourd. C’est l’insécurité intérieure qu’elle masque.

Il y a dans certaines figures du management moderne une forme de tragédie silencieuse. Un glissement progressif, à peine perceptible, entre ce que l’on croit être de la maîtrise… et ce qui n’est, en réalité, qu’un repli stratégique de l’ego blessé.

Tout commence par l’accession à une forme de pouvoir. Un titre. Une équipe. Une zone d’influence. Pour certains, c’est un accomplissement mérité. Pour d’autres, une revanche sociale. Mais pour tous, une exposition nouvelle. Être manager, c’est accepter de devenir visible. Et avec la visibilité vient la menace du regard des autres.

À cet instant précis, un mécanisme psychique s’enclenche, souvent à l’insu de celui qui le vit : l’obsession de la légitimité . Non plus la légitimité réelle, mais sa perception. Ce que l’on renvoie. Ce que l’on inspire. Ce que l’on craint d’avoir à défendre.

Alors, pour se rassurer, l’ego se met en scène. Il se dote d’attributs, de postures, de formules toutes faites. Il développe une image, et bientôt, il s’y accroche. Il se confond avec elle.

Or, plus cette image prend de place, plus elle devient fragile. Et plus elle est fragile, plus elle se défend. C’est là que naît l’ergot.

L’ergot du pouvoir : un symptôme de peur

Le manager qui s’identifie entièrement à son autorité finit par voir dans chaque remise en question un danger. Ce n’est plus le projet qu’il défend : c’est lui-même. Ce n’est plus l’idée qui est débattue : c’est son identité qui vacille.

Il commence alors à lire les signaux faibles de manière biaisée : une proposition devient une contestation. Une critique, un affront. Une remarque, une tentative de prise de pouvoir. Il ne voit plus ses collaborateurs, il voit des menaces potentielles.

Et un cercle vicieux s’installe : il finit par croire qu’il n’existe qu’une seule pensée valide — la sienne. Toute divergence devient dissidence. Ceux qui ne souscrivent pas à sa vision sont vus comme des adversaires, des “empêcheurs de dominer en rond”, voire des ennemis de la vérité. Il ne débat plus : il confirme. Il ne cherche plus la nuance : il valide l’adhésion.

Le plus troublant, c’est que cette logique peut aller jusqu’à la conviction intime que son autorité relève presque d’un destin. Il se vit comme investi d’un devoir supérieur. Une mission. Il pense : “Ce pouvoir, je l’ai mérité. J’ai souffert pour l’obtenir. J’ai dû me battre. C’est un dû.” Toute contestation devient alors sacrilège.

Le coût organisationnel de cette dérive

Ce type de posture n’est pas sans conséquence. Elle crée de la défiance, de la frilosité, un climat où les talents se taisent ou quittent. L’organisation se rigidifie, les décisions se verticalisent, et l’intelligence collective se rétracte.

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