
Nantes, France
2 min de lecture
Indochine, ou une certaine idée de la France, vue depuis la fosse
Indochine, ou une certaine idée de la France, vue depuis la fosse
Un cercle de lumière suspendu au-dessus des têtes, un mur de drapeaux, Trump surplombant une marée de poings levés. Retour, mon RX100 M6 au poing, sur l'un des concerts d'Indochine que j'ai le plus vus — et sur ce qui rend ce groupe unique : sa manière de rassembler une foule immense autour d'une idée de la France.
Un cercle de lumière suspendu au-dessus des têtes, un mur de drapeaux, Trump surplombant une marée de poings levés. Retour, mon RX100 M6 au poing, sur l'un des concerts d'Indochine que j'ai le plus vus — et sur ce qui rend ce groupe unique : sa manière de rassembler une foule immense autour d'une idée de la France.

Il y a des groupes qu’on va voir. Et il y en a un qu’on retrouve. Indochine appartient à la seconde catégorie. Combien de fois ? J’ai arrêté de compter. Ce soir-là, au Zénith de Nantes, j’étais dans la fosse, mon RX100 M6 en main, à guetter non pas la belle image mais l’image juste — celle qui dit quelque chose du spectacle et de nous.
Ce qui frappe d’abord, c’est le dispositif. Le 13 Tour, c’est cet immense écran circulaire accroché au plafond, une couronne de lumière qui referme la salle sur elle-même et fait de chaque spectateur un prisonnier consentant. On m’a appris, en photographie, qu’un boîtier d’exception — un Leica — ne se remarque pas : il s’efface pour ne laisser que le geste et l’émotion. La scénographie d’Indochine relève de la même exigence. Toute la technique est là, colossale, mais on ne la voit pas. On ne voit que le frisson.
Et puis il y a Sirkis. Cinquante ans passés, l’énergie d’un débutant, qui descend dans la fosse, prend un téléphone au hasard pour filmer, salue à contre-jour dans un halo bleu. À cet instant, la frontière tombe : la foule n’est plus un public, elle est le décor et l’acteur du spectacle. C’est rare. C’est ce que peu d’artistes savent encore faire : transformer dix mille solitudes en un seul corps.
Mais le plus fort, ce soir-là, tenait dans les images que j’ai voulu figer. Un mur de drapeaux détournés — tricolores fatigués, emblèmes recomposés, une tête de mort au cœur d’une étoile. Puis le visage de Trump, immense, dominant une fosse aux poings levés. Ce n’était pas de la provocation gratuite. C’était le cœur du propos, porté par Un été français, cette chanson née des attentats, qui parle d’un pays meurtri refusant de céder à la peur et à la haine.
Voilà ce qui fait le propre d’Indochine : une certaine idée de la France. Ouverte, métissée, inquiète mais debout. Une France de la tolérance, qui chante l’homophobie scolaire dans College Boy et la fluidité des genres dans TomBoy et 3SEX — dès 1985 pour cette dernière, quand personne n’osait. Quarante ans plus tard, le message n’a pas bougé d’un cran.
Et c’est là que le syndicaliste que je suis s’arrête un instant. Car réunir une foule immense autour de valeurs, sans jamais renoncer à l’exigence ni verser dans la démagogie, c’est exactement le défi de ceux qui, comme nous, s’adressent au monde du travail. Indochine ne flatte pas sa foule : il l’élève. Il la fédère autour d’une idée, pas d’un slogan.
Je suis reparti du Zénith avec quelques images sur ma carte mémoire et une conviction : ce que j’avais photographié n’était pas un concert. C’était un reportage sur une manière de faire nation. Debout, ensemble, et sans haine.
Setlist — Zénith de Nantes, 23 novembre 2018
Black Sky
Ceremonia
2033
Henry Darger
Station 13
Alice & June
À l’assaut (Des ombres sur l’O)
La vie est belle
Tes yeux noirs
Gloria
Kimono dans l’ambulance
Trump le monde
Rose Song
Song for a Dream
Un été français
Club 13 (medley : Canary Bay / Les Tzars / Paradize / Adora / La Machine à rattraper le temps / Kill Nico)
Rappel : J’ai demandé à la lune · Kao Bang (acoustique) · 3ème sexe
Rappel 2 : College Boy · Trois nuits par semaine · L’Aventurier · Karma Girls

Il y a des groupes qu’on va voir. Et il y en a un qu’on retrouve. Indochine appartient à la seconde catégorie. Combien de fois ? J’ai arrêté de compter. Ce soir-là, au Zénith de Nantes, j’étais dans la fosse, mon RX100 M6 en main, à guetter non pas la belle image mais l’image juste — celle qui dit quelque chose du spectacle et de nous.
Ce qui frappe d’abord, c’est le dispositif. Le 13 Tour, c’est cet immense écran circulaire accroché au plafond, une couronne de lumière qui referme la salle sur elle-même et fait de chaque spectateur un prisonnier consentant. On m’a appris, en photographie, qu’un boîtier d’exception — un Leica — ne se remarque pas : il s’efface pour ne laisser que le geste et l’émotion. La scénographie d’Indochine relève de la même exigence. Toute la technique est là, colossale, mais on ne la voit pas. On ne voit que le frisson.
Et puis il y a Sirkis. Cinquante ans passés, l’énergie d’un débutant, qui descend dans la fosse, prend un téléphone au hasard pour filmer, salue à contre-jour dans un halo bleu. À cet instant, la frontière tombe : la foule n’est plus un public, elle est le décor et l’acteur du spectacle. C’est rare. C’est ce que peu d’artistes savent encore faire : transformer dix mille solitudes en un seul corps.
Mais le plus fort, ce soir-là, tenait dans les images que j’ai voulu figer. Un mur de drapeaux détournés — tricolores fatigués, emblèmes recomposés, une tête de mort au cœur d’une étoile. Puis le visage de Trump, immense, dominant une fosse aux poings levés. Ce n’était pas de la provocation gratuite. C’était le cœur du propos, porté par Un été français, cette chanson née des attentats, qui parle d’un pays meurtri refusant de céder à la peur et à la haine.
Voilà ce qui fait le propre d’Indochine : une certaine idée de la France. Ouverte, métissée, inquiète mais debout. Une France de la tolérance, qui chante l’homophobie scolaire dans College Boy et la fluidité des genres dans TomBoy et 3SEX — dès 1985 pour cette dernière, quand personne n’osait. Quarante ans plus tard, le message n’a pas bougé d’un cran.
Et c’est là que le syndicaliste que je suis s’arrête un instant. Car réunir une foule immense autour de valeurs, sans jamais renoncer à l’exigence ni verser dans la démagogie, c’est exactement le défi de ceux qui, comme nous, s’adressent au monde du travail. Indochine ne flatte pas sa foule : il l’élève. Il la fédère autour d’une idée, pas d’un slogan.
Je suis reparti du Zénith avec quelques images sur ma carte mémoire et une conviction : ce que j’avais photographié n’était pas un concert. C’était un reportage sur une manière de faire nation. Debout, ensemble, et sans haine.
Setlist — Zénith de Nantes, 23 novembre 2018
Black Sky
Ceremonia
2033
Henry Darger
Station 13
Alice & June
À l’assaut (Des ombres sur l’O)
La vie est belle
Tes yeux noirs
Gloria
Kimono dans l’ambulance
Trump le monde
Rose Song
Song for a Dream
Un été français
Club 13 (medley : Canary Bay / Les Tzars / Paradize / Adora / La Machine à rattraper le temps / Kill Nico)
Rappel : J’ai demandé à la lune · Kao Bang (acoustique) · 3ème sexe
Rappel 2 : College Boy · Trois nuits par semaine · L’Aventurier · Karma Girls








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