Clisson, France
12 min de lecture
Hellfest 2019 — la ferveur portée à bout de bras
Hellfest 2019 — la ferveur portée à bout de bras
Samedi 22 juin 2019 au Hellfest de Clisson — Fever 333, Eagles of Death Metal et KISS, racontés depuis la fosse et le Val de Moine en fournaise.
Samedi 22 juin 2019 au Hellfest de Clisson — Fever 333, Eagles of Death Metal et KISS, racontés depuis la fosse et le Val de Moine en fournaise.

Il y a des journées de festival où la foule elle-même devient le sujet : elle porte, elle protège, elle acclame. Ce samedi-là au Val de Moine, entre la fournaise de juin et le feu que crache Gene Simmons à minuit passé, j’ai surtout photographié des bras tendus.
Le royaume avant le vacarme
13h37. Je passe le portail du Hellfest sous le regard de bois sculpté du « Kingdom of Muscadet », guitare et divinité taillées à même les troncs. Il fait déjà chaud, le genre de chaleur qui pousse les festivaliers sous les brumisateurs installés près de la Mainstage, où l’on se douche entre deux tee-shirts de groupes.
Le site a ses excentricités assumées : des carcasses fumées tournant sur un tourne-broche géant, une grande roue qui domine les enseignes « Toilets », des festivaliers déguisés en Power Rangers qui trinquent devant un bar de fortune. Le Hellfest n’a jamais été qu’un défilé de groupes ; c’est aussi une foire foraine qui assume son grand-guignol.
Fever 333, ou la fureur qui inclut tout le monde
14h20, Mainstage 2. Fever 333 ouvre l’après-midi avec la rage frontale qui a fait sa réputation depuis leur premier EP : Jason Aalon Butler saute du kit de batterie, la scène résonne encore du morceau d’intro passé en bande. Le trio enchaîne Burn It, We’re Coming In, Made an America — un rock hardcore politisé, sans temps mort, avec un beatbox et un solo de batterie glissés au milieu du set comme une respiration.
Le moment que je retiens n’est pas sur scène. Dans la fosse, des bras portent un fan en fauteuil roulant au-dessus de la foule, poing levé, dos tatoué d’un visage qui hurle en écho au sien. Le geste dure quelques secondes ; il dit, mieux qu’aucun morceau du set, ce que peut être une fosse de festival quand elle fonctionne comme elle le devrait.
Eagles of Death Metal, le retour du frisson
18h, Mainstage 2. Jesse Hughes revient à Clisson porté par son t-shirt « Chase the Devil » et ses lunettes miroir, fidèle à l’image qu’on lui connaît depuis le Bataclan. Le set s’ouvre sur Born on the Bayou de Creedence Clearwater Revival, diffusé en intro, avant qu’I Only Want You ne lance vraiment les choses.
Le groove reste identique à lui-même : rock’n’roll sale, guitares vintage, un groove qui doit autant à Boots Electric — dont ils reprennent Complexity — qu’à Bowie, convoqué le temps d’un Moonage Daydream. Sur l’écran géant, le sigle « EODM » s’affiche pendant qu’un nouveau festivalier passe au-dessus des têtes, jambes tendues, drapeau américain flottant à côté de lui. La fosse n’a pas fini de porter ses fans.
KISS, le feu à minuit
23h, Mainstage 1. Fin de nuit sur la tournée « End of the Road » : quatre silhouettes en cuir clouté et maquillage kabuki, démultipliées sur les écrans géants, referment la journée. Detroit Rock City, Deuce, I Love It Loud défilent avant que Gene Simmons ne crache le feu sur War Machine — un rituel qu’il répète depuis un demi-siècle et qui continue de faire lever les bras d’un public né bien après leurs débuts.
Le rappel s’offre sa dose de sentiment avec Beth au piano, avant que Rock and Roll All Nite ne vienne clore, comme il se doit, une soirée qui a commencé sous 30 degrés et finit sous les étincelles.
Ce que je retiens
Trois groupes, trois générations, une même question qui traverse la journée : qui porte qui. La fosse de Fever 333 qui soulève un fan en fauteuil, celle d’Eagles of Death Metal qui fait voyager un autre au-dessus d’elle, et KISS qui, quarante-cinq ans après ses débuts, continue de tenir un stade entier au bout de son bras tendu. Le Hellfest a beau cultiver son folklore de troncs sculptés et de carcasses fumées, ce qu’il donne à voir de plus juste reste toujours la même chose : une communauté qui se porte elle-même.
Setlist
Fever 333 — Mainstage 2, 14h20-15h (tournée D333monstrations)
Intro (bande)
Burn It
We’re Coming In
Made an America
One of Us
Beatbox & solo de batterie
Out of Control
The Innocent
Only One
Hunting Season (outro étendu)
Eagles of Death Metal — Mainstage 2, 18h-18h50
Born on the Bayou (reprise de Creedence Clearwater Revival, en intro)
I Only Want You
Don’t Speak (I Came to Make a Bang!)
Anything ‘Cept the Truth
Complexity (reprise de Boots Electric)
Heart On
Cherry Cola
Moonage Daydream (reprise de David Bowie)
Speaking in Tongues
I Like to Move in the Night
KISS — Mainstage 1, 23h (tournée End of the Road World Tour)
Rock and Roll (reprise de Led Zeppelin, jouée en bande)
Detroit Rock City
Shout It Out Loud
Deuce
Say Yeah
I Love It Loud
Heaven’s on Fire
War Machine
Lick It Up (avec un extrait de « Won’t Get Fooled Again » des Who)
Calling Dr. Love
100,000 Years
Solo de batterie
Cold Gin
Solo de guitare
Solo de basse
God of Thunder
Psycho Circus
Let Me Go, Rock ‘n’ Roll
Love Gun
I Was Made for Lovin’ You
Black Diamond
Rappel
Beth
Crazy Crazy Nights
Rock and Roll All Nite
God Gave Rock ‘n’ Roll to You II (jouée en bande)
👁️ L’Œil de l’expert
Cette journée-là, pas de 70-200 f/4 ni de boîtier plein format : j’ai couvert le Hellfest au Sony RX100 M6, un compact à zoom intégré 24-200 mm. Un choix de mobilité assumé — traverser le site du Kingdom of Muscadet à la fosse sans être encombré — au prix d’un capteur plus modeste et d’une ouverture qui se referme vite en longue focale (f/4,5 à 200 mm).
La lumière raconte la journée mieux qu’aucune légende : ISO 125 toute l’après-midi, sous un soleil de plomb qui écrase les ombres sur les sculptures en bois et cuit les carcasses du tourne-broche. Puis la bascule : ISO 2000, 1/80s, f/4 pour KISS à 23h03, quand la nuit tombée ne laisse plus que les projecteurs et les écrans géants pour exposer une scène. Entre les deux, une seule affaire : suivre la foule plus que la scène, et être prêt quand elle décide de porter quelqu’un.
🎞️ Fine Art Print
FR — Cette image est disponible en tirage Fine Art limité et numéroté, sur papier d’art Hahnemühle Photo Rag, signé par le photographe et accompagné d’un certificat d’authenticité. Contact : neoexplora.net.
EN — This image is available as a limited, numbered Fine Art print on Hahnemühle Photo Rag paper, signed by the photographer and delivered with a certificate of authenticity. Contact: neoexplora.net.
🔧 Fiche technique
Photo | Heure | Focale éq. | Ouverture | ISO | Vitesse |
|---|---|---|---|---|---|
-10 | 13:37:20 | 200 mm | f/4,5 | 125 | 1/200 |
-17 | 14:17:55 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/800 |
-23 | 14:26:49 | 66 mm | f/4,5 | 125 | 1/1250 |
-27 | 14:30:21 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/400 |
-34 | 14:33:22 | 57 mm | f/4,5 | 125 | 1/640 |
-35 | 14:34:33 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/1000 |
-43 | 14:46:24 | 200 mm | f/4,5 | 160 | 1/200 |
-52 | 14:55:02 | 169 mm | f/4,5 | 125 | 1/320 |
-67 | 17:45:47 | 200 mm | f/4,5 | 250 | 1/200 |
-68 | 17:36:37 | 142 mm | f/4,5 | 160 | 1/160 |
-81 | 17:56:49 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/250 |
-112 | 23:03:43 | 64 mm | f/4 | 2000 | 1/80 |
Boîtier : Sony RX100 M6 (zoom intégré 24-200 mm f/2.8-4.5). Post-traitement Lightroom Classic.
© Franck Torres @2019 — All Rights Reserved
Il y a des journées de festival où la foule elle-même devient le sujet : elle porte, elle protège, elle acclame. Ce samedi-là au Val de Moine, entre la fournaise de juin et le feu que crache Gene Simmons à minuit passé, j’ai surtout photographié des bras tendus.
Le royaume avant le vacarme
13h37. Je passe le portail du Hellfest sous le regard de bois sculpté du « Kingdom of Muscadet », guitare et divinité taillées à même les troncs. Il fait déjà chaud, le genre de chaleur qui pousse les festivaliers sous les brumisateurs installés près de la Mainstage, où l’on se douche entre deux tee-shirts de groupes.
Le site a ses excentricités assumées : des carcasses fumées tournant sur un tourne-broche géant, une grande roue qui domine les enseignes « Toilets », des festivaliers déguisés en Power Rangers qui trinquent devant un bar de fortune. Le Hellfest n’a jamais été qu’un défilé de groupes ; c’est aussi une foire foraine qui assume son grand-guignol.
Fever 333, ou la fureur qui inclut tout le monde
14h20, Mainstage 2. Fever 333 ouvre l’après-midi avec la rage frontale qui a fait sa réputation depuis leur premier EP : Jason Aalon Butler saute du kit de batterie, la scène résonne encore du morceau d’intro passé en bande. Le trio enchaîne Burn It, We’re Coming In, Made an America — un rock hardcore politisé, sans temps mort, avec un beatbox et un solo de batterie glissés au milieu du set comme une respiration.
Le moment que je retiens n’est pas sur scène. Dans la fosse, des bras portent un fan en fauteuil roulant au-dessus de la foule, poing levé, dos tatoué d’un visage qui hurle en écho au sien. Le geste dure quelques secondes ; il dit, mieux qu’aucun morceau du set, ce que peut être une fosse de festival quand elle fonctionne comme elle le devrait.
Eagles of Death Metal, le retour du frisson
18h, Mainstage 2. Jesse Hughes revient à Clisson porté par son t-shirt « Chase the Devil » et ses lunettes miroir, fidèle à l’image qu’on lui connaît depuis le Bataclan. Le set s’ouvre sur Born on the Bayou de Creedence Clearwater Revival, diffusé en intro, avant qu’I Only Want You ne lance vraiment les choses.
Le groove reste identique à lui-même : rock’n’roll sale, guitares vintage, un groove qui doit autant à Boots Electric — dont ils reprennent Complexity — qu’à Bowie, convoqué le temps d’un Moonage Daydream. Sur l’écran géant, le sigle « EODM » s’affiche pendant qu’un nouveau festivalier passe au-dessus des têtes, jambes tendues, drapeau américain flottant à côté de lui. La fosse n’a pas fini de porter ses fans.
KISS, le feu à minuit
23h, Mainstage 1. Fin de nuit sur la tournée « End of the Road » : quatre silhouettes en cuir clouté et maquillage kabuki, démultipliées sur les écrans géants, referment la journée. Detroit Rock City, Deuce, I Love It Loud défilent avant que Gene Simmons ne crache le feu sur War Machine — un rituel qu’il répète depuis un demi-siècle et qui continue de faire lever les bras d’un public né bien après leurs débuts.
Le rappel s’offre sa dose de sentiment avec Beth au piano, avant que Rock and Roll All Nite ne vienne clore, comme il se doit, une soirée qui a commencé sous 30 degrés et finit sous les étincelles.
Ce que je retiens
Trois groupes, trois générations, une même question qui traverse la journée : qui porte qui. La fosse de Fever 333 qui soulève un fan en fauteuil, celle d’Eagles of Death Metal qui fait voyager un autre au-dessus d’elle, et KISS qui, quarante-cinq ans après ses débuts, continue de tenir un stade entier au bout de son bras tendu. Le Hellfest a beau cultiver son folklore de troncs sculptés et de carcasses fumées, ce qu’il donne à voir de plus juste reste toujours la même chose : une communauté qui se porte elle-même.
Setlist
Fever 333 — Mainstage 2, 14h20-15h (tournée D333monstrations)
Intro (bande)
Burn It
We’re Coming In
Made an America
One of Us
Beatbox & solo de batterie
Out of Control
The Innocent
Only One
Hunting Season (outro étendu)
Eagles of Death Metal — Mainstage 2, 18h-18h50
Born on the Bayou (reprise de Creedence Clearwater Revival, en intro)
I Only Want You
Don’t Speak (I Came to Make a Bang!)
Anything ‘Cept the Truth
Complexity (reprise de Boots Electric)
Heart On
Cherry Cola
Moonage Daydream (reprise de David Bowie)
Speaking in Tongues
I Like to Move in the Night
KISS — Mainstage 1, 23h (tournée End of the Road World Tour)
Rock and Roll (reprise de Led Zeppelin, jouée en bande)
Detroit Rock City
Shout It Out Loud
Deuce
Say Yeah
I Love It Loud
Heaven’s on Fire
War Machine
Lick It Up (avec un extrait de « Won’t Get Fooled Again » des Who)
Calling Dr. Love
100,000 Years
Solo de batterie
Cold Gin
Solo de guitare
Solo de basse
God of Thunder
Psycho Circus
Let Me Go, Rock ‘n’ Roll
Love Gun
I Was Made for Lovin’ You
Black Diamond
Rappel
Beth
Crazy Crazy Nights
Rock and Roll All Nite
God Gave Rock ‘n’ Roll to You II (jouée en bande)
👁️ L’Œil de l’expert
Cette journée-là, pas de 70-200 f/4 ni de boîtier plein format : j’ai couvert le Hellfest au Sony RX100 M6, un compact à zoom intégré 24-200 mm. Un choix de mobilité assumé — traverser le site du Kingdom of Muscadet à la fosse sans être encombré — au prix d’un capteur plus modeste et d’une ouverture qui se referme vite en longue focale (f/4,5 à 200 mm).
La lumière raconte la journée mieux qu’aucune légende : ISO 125 toute l’après-midi, sous un soleil de plomb qui écrase les ombres sur les sculptures en bois et cuit les carcasses du tourne-broche. Puis la bascule : ISO 2000, 1/80s, f/4 pour KISS à 23h03, quand la nuit tombée ne laisse plus que les projecteurs et les écrans géants pour exposer une scène. Entre les deux, une seule affaire : suivre la foule plus que la scène, et être prêt quand elle décide de porter quelqu’un.
🎞️ Fine Art Print
FR — Cette image est disponible en tirage Fine Art limité et numéroté, sur papier d’art Hahnemühle Photo Rag, signé par le photographe et accompagné d’un certificat d’authenticité. Contact : neoexplora.net.
EN — This image is available as a limited, numbered Fine Art print on Hahnemühle Photo Rag paper, signed by the photographer and delivered with a certificate of authenticity. Contact: neoexplora.net.
🔧 Fiche technique
Photo | Heure | Focale éq. | Ouverture | ISO | Vitesse |
|---|---|---|---|---|---|
-10 | 13:37:20 | 200 mm | f/4,5 | 125 | 1/200 |
-17 | 14:17:55 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/800 |
-23 | 14:26:49 | 66 mm | f/4,5 | 125 | 1/1250 |
-27 | 14:30:21 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/400 |
-34 | 14:33:22 | 57 mm | f/4,5 | 125 | 1/640 |
-35 | 14:34:33 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/1000 |
-43 | 14:46:24 | 200 mm | f/4,5 | 160 | 1/200 |
-52 | 14:55:02 | 169 mm | f/4,5 | 125 | 1/320 |
-67 | 17:45:47 | 200 mm | f/4,5 | 250 | 1/200 |
-68 | 17:36:37 | 142 mm | f/4,5 | 160 | 1/160 |
-81 | 17:56:49 | 24 mm | f/4 | 125 | 1/250 |
-112 | 23:03:43 | 64 mm | f/4 | 2000 | 1/80 |
Boîtier : Sony RX100 M6 (zoom intégré 24-200 mm f/2.8-4.5). Post-traitement Lightroom Classic.
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