/

Le rideau de lumière

Zénith Nantes Métropole, Saint-Herblain

10 min de lecture

Le rideau de lumière

Le rideau de lumière

Placebo fête ses 30 ans au Zénith de Nantes le 7 octobre 2026 : un show de lumière somptueux, un groupe derrière un mur de faisceaux.

Placebo fête ses 30 ans au Zénith de Nantes le 7 octobre 2026 : un show de lumière somptueux, un groupe derrière un mur de faisceaux.

Faisceaux rouges traversant la fumée au-dessus de la salle, écran cyan montrant le chanteur bras ouverts, petits écrans au fond de la scène, foule sombre.

Il y a des concerts qui vous prennent par la main, et d’autres qui vous laissent sur le seuil. Mercredi soir, au Zénith de Nantes, Placebo a joué sa jeunesse à guichets ouverts — mais derrière un rideau de lumière que personne n’était invité à franchir.

Tout en haut, dans le noir

Il est un peu plus de vingt et une heures quand la salle s’éteint. Je suis en tribune, loin, très loin de la scène. En bas, la fosse forme une mer sombre d’où montent quelques bras.

Sur les écrans géants, une affiche plus qu’une consigne : pas de téléphones, pas de photos. Le groupe le demande à chaque tournée depuis plusieurs années, au nom de la présence de chacun.

Je respecte la règle autant qu’on peut la respecter quand on photographie depuis 1988. Pas de flash, pas de geste. Un petit boîtier dans la main, tenu contre moi, déclenché au jugé. Cette soirée-là, je l’ai vécue en voleur discret.

1996, rejoué pour ceux de 1996

Le prétexte est un anniversaire. Trente ans après Placebo, le premier album paru en 1996, Brian Molko et Stefan Olsdal reprennent la route avec les morceaux de leurs deux premiers disques, Placebo et Without You I’m Nothing.

Certains titres n’avaient pas été joués depuis une vingtaine d’années. En juin, le groupe a aussi publié Re:Created, une relecture de son premier album qu’il présente comme une sorte de « director’s cut ».

Autour de moi, on le sent tout de suite : la salle est venue pour ça. Pour retrouver Teenage Angst, Bruise Pristine, Nancy Boy. Pour avoir de nouveau vingt ans le temps d’un refrain.

Un mur de faisceaux

Ce qui frappe d’abord, c’est la lumière. Des colonnes d’écrans verticaux, des faisceaux qui balaient la fumée, des couleurs franches qui changent à chaque titre : cyan et carmin, bleu profond, magenta, vert d’aquarium.

Et presque en permanence, une ligne de projecteurs braqués de la scène vers la salle. Un rideau. Le groupe joue dans la pénombre, à contre-jour, et ses visages n’existent vraiment que sur les écrans, retraités en noir et blanc ou en couleurs saturées.

Diderot, en 1758, conseillait aux acteurs d’imaginer un grand mur au bord de la scène et de jouer comme si le public n’était pas là. Placebo a fait de ce quatrième mur une scénographie. On ne regarde pas Brian Molko : on regarde son image, multipliée, sept fois, douze fois, pendant que l’homme reste une silhouette.

La voix, intacte

Il faut le dire nettement : musicalement, c’est superbe. La voix de Molko n’a pas pris une ride. Cette diction nasale, cette façon de traîner les fins de phrase, ce mélange de fragilité et d’arrogance, tout est là.

Pure Morning ouvre la soirée après une intro enregistrée. Without You I’m Nothing tombe au septième titre comme une confidence. 36 Degrees revient dans une version retravaillée. Et au rappel, deux reprises que les fidèles connaissent : I Feel You de Depeche Mode, puis Running Up That Hill de Kate Bush.

Vers 22 h 40, les confettis tombent sur la fosse. La dernière image de ma carte mémoire, c’est celle-là : une pluie de papier dans les faisceaux, des milliers de mains levées, et le groupe tout petit, là-bas, au fond de la lumière.

Ce que je retiens

J’aime Placebo. J’aime ces chansons, cette voix, ce style qui a traversé trois décennies sans se renier. Et pourtant, mercredi, je ne me suis pas retrouvé dans la salle.

Ce concert était une messe pour les fidèles de la première heure. Une célébration entre initiés, belle, sincère, mais fermée. Le groupe ne s’ouvre pas : il se montre. La différence est immense. Elle sépare le spectacle de la communion.

Je publie ces images en sachant ce qu’elles sont. Elles ne sont pas les meilleures de mon archive, et elles ne cherchent pas à l’être. Elles disent autre chose : l’échelle d’une salle, la beauté d’une mise en lumière, la distance entre ceux qui jouent et ceux qui écoutent. C’est exactement ce que j’ai vécu.

Setlist

Setlist issue de setlist.fm — Placebo, Zénith Nantes Métropole, Saint-Herblain, 7 octobre 2026, tournée 30th Anniversary. Aucune première partie référencée.

  1. Bionic (Sirens Club Mix) (intro enregistrée)

  2. Pure Morning

  3. Come Home

  4. You Don’t Care About Us

  5. Teenage Angst

  6. Bionic

  7. Without You I’m Nothing

  8. Allergic (to Thoughts of Mother Earth)

  9. 36 Degrees (version alternative)

  10. I Know

  11. Brick Shithouse

  12. Scared of Girls

  13. My Sweet Prince

  14. Lady of the Flowers

  15. HELEN KELLER

  16. Bruise Pristine

  17. Nancy Boy

Rappel

  1. Oxygen Thief

  2. Every You Every Me

  3. I Feel You (reprise de Depeche Mode)

  4. Running Up That Hill (A Deal With God) (reprise de Kate Bush)

  5. Leeloo (partiel)

  6. Mars Landing Party (bande enregistrée, sortie)

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Consigne explicite du groupe : ni photos ni vidéos pendant le show. Aucune accréditation, aucun accès au pit. Placement en tribune, à grande distance de la scène. Le seul choix honnête : un boîtier discret, tenu bas, sans viser à l’œil quand ce n’était pas possible.

Le matériel.

Leica Q3 43, objectif fixe APO-Summicron 43 mm f/2 ASPH. Pas de téléobjectif, donc pas de portrait possible à cette distance. Le 43 mm impose le plan large : c’est lui qui a décidé de l’esthétique de cette série, bien plus que moi.

Les réglages.

Toute la série est à pleine ouverture, f/2, et au 1/250 s, pour figer les faisceaux en mouvement et les mains levées. Seule la sensibilité varie, entre 320 et 1000 ISO, au gré des tableaux lumineux. Le pic à 1000 ISO (22 h 06) correspond au tableau en rafales de faisceaux blancs et magenta.

La lumière.

Une conception très architecturée, bâtie pour les écrans et pour la salle, pas pour l’appareil. Les contre-jours permanents écrasent les visages et brûlent les hautes lumières des écrans. Le parti pris a donc été d’en faire le sujet : la foule en ombre chinoise au premier plan, la machine lumineuse au fond, le groupe minuscule entre les deux.

Boîtier : Leica Q3 43 — APO-Summicron 43 mm f/2 ASPH. · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2026 — All Rights Reserved.

Il y a des concerts qui vous prennent par la main, et d’autres qui vous laissent sur le seuil. Mercredi soir, au Zénith de Nantes, Placebo a joué sa jeunesse à guichets ouverts — mais derrière un rideau de lumière que personne n’était invité à franchir.

Tout en haut, dans le noir

Il est un peu plus de vingt et une heures quand la salle s’éteint. Je suis en tribune, loin, très loin de la scène. En bas, la fosse forme une mer sombre d’où montent quelques bras.

Sur les écrans géants, une affiche plus qu’une consigne : pas de téléphones, pas de photos. Le groupe le demande à chaque tournée depuis plusieurs années, au nom de la présence de chacun.

Je respecte la règle autant qu’on peut la respecter quand on photographie depuis 1988. Pas de flash, pas de geste. Un petit boîtier dans la main, tenu contre moi, déclenché au jugé. Cette soirée-là, je l’ai vécue en voleur discret.

1996, rejoué pour ceux de 1996

Le prétexte est un anniversaire. Trente ans après Placebo, le premier album paru en 1996, Brian Molko et Stefan Olsdal reprennent la route avec les morceaux de leurs deux premiers disques, Placebo et Without You I’m Nothing.

Certains titres n’avaient pas été joués depuis une vingtaine d’années. En juin, le groupe a aussi publié Re:Created, une relecture de son premier album qu’il présente comme une sorte de « director’s cut ».

Autour de moi, on le sent tout de suite : la salle est venue pour ça. Pour retrouver Teenage Angst, Bruise Pristine, Nancy Boy. Pour avoir de nouveau vingt ans le temps d’un refrain.

Un mur de faisceaux

Ce qui frappe d’abord, c’est la lumière. Des colonnes d’écrans verticaux, des faisceaux qui balaient la fumée, des couleurs franches qui changent à chaque titre : cyan et carmin, bleu profond, magenta, vert d’aquarium.

Et presque en permanence, une ligne de projecteurs braqués de la scène vers la salle. Un rideau. Le groupe joue dans la pénombre, à contre-jour, et ses visages n’existent vraiment que sur les écrans, retraités en noir et blanc ou en couleurs saturées.

Diderot, en 1758, conseillait aux acteurs d’imaginer un grand mur au bord de la scène et de jouer comme si le public n’était pas là. Placebo a fait de ce quatrième mur une scénographie. On ne regarde pas Brian Molko : on regarde son image, multipliée, sept fois, douze fois, pendant que l’homme reste une silhouette.

La voix, intacte

Il faut le dire nettement : musicalement, c’est superbe. La voix de Molko n’a pas pris une ride. Cette diction nasale, cette façon de traîner les fins de phrase, ce mélange de fragilité et d’arrogance, tout est là.

Pure Morning ouvre la soirée après une intro enregistrée. Without You I’m Nothing tombe au septième titre comme une confidence. 36 Degrees revient dans une version retravaillée. Et au rappel, deux reprises que les fidèles connaissent : I Feel You de Depeche Mode, puis Running Up That Hill de Kate Bush.

Vers 22 h 40, les confettis tombent sur la fosse. La dernière image de ma carte mémoire, c’est celle-là : une pluie de papier dans les faisceaux, des milliers de mains levées, et le groupe tout petit, là-bas, au fond de la lumière.

Ce que je retiens

J’aime Placebo. J’aime ces chansons, cette voix, ce style qui a traversé trois décennies sans se renier. Et pourtant, mercredi, je ne me suis pas retrouvé dans la salle.

Ce concert était une messe pour les fidèles de la première heure. Une célébration entre initiés, belle, sincère, mais fermée. Le groupe ne s’ouvre pas : il se montre. La différence est immense. Elle sépare le spectacle de la communion.

Je publie ces images en sachant ce qu’elles sont. Elles ne sont pas les meilleures de mon archive, et elles ne cherchent pas à l’être. Elles disent autre chose : l’échelle d’une salle, la beauté d’une mise en lumière, la distance entre ceux qui jouent et ceux qui écoutent. C’est exactement ce que j’ai vécu.

Setlist

Setlist issue de setlist.fm — Placebo, Zénith Nantes Métropole, Saint-Herblain, 7 octobre 2026, tournée 30th Anniversary. Aucune première partie référencée.

  1. Bionic (Sirens Club Mix) (intro enregistrée)

  2. Pure Morning

  3. Come Home

  4. You Don’t Care About Us

  5. Teenage Angst

  6. Bionic

  7. Without You I’m Nothing

  8. Allergic (to Thoughts of Mother Earth)

  9. 36 Degrees (version alternative)

  10. I Know

  11. Brick Shithouse

  12. Scared of Girls

  13. My Sweet Prince

  14. Lady of the Flowers

  15. HELEN KELLER

  16. Bruise Pristine

  17. Nancy Boy

Rappel

  1. Oxygen Thief

  2. Every You Every Me

  3. I Feel You (reprise de Depeche Mode)

  4. Running Up That Hill (A Deal With God) (reprise de Kate Bush)

  5. Leeloo (partiel)

  6. Mars Landing Party (bande enregistrée, sortie)

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Consigne explicite du groupe : ni photos ni vidéos pendant le show. Aucune accréditation, aucun accès au pit. Placement en tribune, à grande distance de la scène. Le seul choix honnête : un boîtier discret, tenu bas, sans viser à l’œil quand ce n’était pas possible.

Le matériel.

Leica Q3 43, objectif fixe APO-Summicron 43 mm f/2 ASPH. Pas de téléobjectif, donc pas de portrait possible à cette distance. Le 43 mm impose le plan large : c’est lui qui a décidé de l’esthétique de cette série, bien plus que moi.

Les réglages.

Toute la série est à pleine ouverture, f/2, et au 1/250 s, pour figer les faisceaux en mouvement et les mains levées. Seule la sensibilité varie, entre 320 et 1000 ISO, au gré des tableaux lumineux. Le pic à 1000 ISO (22 h 06) correspond au tableau en rafales de faisceaux blancs et magenta.

La lumière.

Une conception très architecturée, bâtie pour les écrans et pour la salle, pas pour l’appareil. Les contre-jours permanents écrasent les visages et brûlent les hautes lumières des écrans. Le parti pris a donc été d’en faire le sujet : la foule en ombre chinoise au premier plan, la machine lumineuse au fond, le groupe minuscule entre les deux.

Boîtier : Leica Q3 43 — APO-Summicron 43 mm f/2 ASPH. · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2026 — All Rights Reserved.

📷 Acquérir un tirage

Ces images sont disponibles en tirage Fine Art numéroté, de 30×20 cm à 60×40 cm. Impression jet d'encre sur papier Hahnemühle Photo Rag 308g.

Me contacter