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Crunch et communion

Stade de France, Saint-Denis

8 min de lecture

Crunch et communion

Crunch et communion

France-Angleterre, Stade de France, 19 mars 2022 : le Crunch, le Grand Chelem des Bleus, et une communion entre Français et Anglais que je n'ai jamais oubliée.

France-Angleterre, Stade de France, 19 mars 2022 : le Crunch, le Grand Chelem des Bleus, et une communion entre Français et Anglais que je n'ai jamais oubliée.

Le toit du Stade de France illuminé en bleu, blanc et rouge au-dessus des tribunes pleines, avant France-Angleterre, 19 mars 2022

Il y a des soirs où le sport cesse d’être un score pour devenir une mémoire. Le 19 mars 2022, au Stade de France, la France a décroché un Grand Chelem attendu depuis douze ans, et Français et Anglais ont vibré dans la même ferveur.

Le sport de toute une vie

Depuis mon plus jeune âge, le rugby est une passion que rien n’a jamais entamée. Alors un Crunch, France-Angleterre, un samedi de mars, avec un Grand Chelem possible au bout de la soirée : j’y allais comme on retourne dans la maison de son enfance, avec le cœur qui bat un peu trop vite.

L’heure bleue

À 19 h 33, le Stade de France flotte sur la nuit, couronné de bleu, de blanc et de rouge. Je marche avec la foule sur la passerelle, au rythme lent des grands soirs. Des milliers de gens, une même direction, et ce murmure particulier de ceux qui savent qu’ils vont assister à quelque chose.

Deux peuples, un même costume de fête

Les premiers visages que je retiens ne sont pas français. Ce sont des Anglais : casques coloniaux blancs, queues-de-pie barrées de la croix de Saint-Georges, pantalons rouge vif, moustaches de music-hall. Et sur leurs joues, discrètement, du bleu, du blanc et du rouge.

Quelques gradins plus loin, un Français en béret couvert de pins, une grappe de raisin pendue à l’oreille, un drapeau jeté sur les épaules comme une cape. À côté de lui, un coq en peluche. On se déguise des deux côtés de la Manche, avec la même application. C’est peut-être cela, un Crunch : une rivalité qui a la politesse de rire d’elle-même.

Un temple qui s’allume

Vers 20 h 48, le toit s’embrase. Le bleu, le blanc, le rouge coulent sur la couronne du stade, et sur la bordure de la pelouse s’affiche FRANCE – ANGLETERRE. Les porteurs de drapeaux s’avancent sur l’herbe, et dans les tribunes, des milliers de téléphones s’allument comme des braises.

Les Bleus font le travail

Je ne suis pas là pour écrire le compte rendu, d’autres l’ont fait mieux que moi. Mais je garde les images. Le grand écran qui rejoue l’essai de Gaël Fickou, à la quinzième minute, avec le score de 8-0 qui s’affiche. Un peu avant la pause, les Bleus qui martèlent la ligne anglaise, le bras de l’arbitre levé, et le stade entier retenant son souffle. Puis le retour des Anglais, l’essai de Freddie Steward, et la peur qui revient.

Et à l’heure de jeu, l’essai d’Antoine Dupont. Sur l’écran, un seul mot : ESSAI. Les drapeaux se lèvent d’un bloc, une forêt de bleu, de blanc et de rouge, et le Stade de France se met à vibrer.

La mi-temps de la rose et du béret

Pendant l’entracte, une scène m’a arrêté. Un Français en béret, un Anglais en casque colonial avec la rose d’Angleterre sur la poitrine, la main posée sur le cœur. Ils se parlent. Je ne sais pas ce qu’ils se disent, et je n’ai pas besoin de le savoir. Tout est dans le geste : un ennemi de quatre-vingts minutes, un adversaire qu’on respecte, un invité qu’on accueille.

Ce que je retiens

Ce match m’a mis en transe. Je n’ai pas d’autre mot. Il y a dans un stade plein une communion paroxystique que je n’ai trouvée nulle part ailleurs, ni dans une salle de concert ni dans un festival : quatre-vingt mille personnes qui retiennent leur souffle, puis le relâchent ensemble. Ce soir-là, Français et Anglais ont communié dans ce moment, chacun avec ses couleurs, chacun avec son chant.

Et puis il y a eu les tunnels d’accès au RER. Je ne les ai pas photographiés. Quand la Marseillaise y a retenti, j’ai su que ce moment-là marquerait à jamais ma mémoire. Aucun objectif ne rend ce son-là. À 23 h 17, l’une de mes dernières images : Antoine Dupont, en tee-shirt blanc, une médaille au cou, qui quitte la pelouse au milieu des téléphones levés. Premier Grand Chelem depuis 2010.

Le match en quelques lignes

France 25 – 13 Angleterre, samedi 19 mars 2022, Stade de France, dernière journée du Tournoi des Six Nations. Mi-temps : 18-6. Essais français : Gaël Fickou (15e), François Cros (fin de première période), Antoine Dupont (61e). Essai anglais : Freddie Steward, en début de seconde période. À la fin du match, Grégory Alldritt envoie le ballon en touche, et la France remporte son 10e Grand Chelem, le premier depuis 2010.

Sources : Rugby World, Europe 1, rugby.com.au, TNT Sports (comptes rendus du match).

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Photographies prises depuis les tribunes, sans accès au bord terrain. Pas de téléobjectif, donc pas de portrait d’action : la série raconte la foule, les tribunes, les lumières, plus que le jeu.

Le matériel.

Leica Q2, objectif fixe Summilux 28 mm f/1.7 ASPH. Le 28 mm impose de s’approcher ou de renoncer. Ici, il m’a permis d’embrasser la foule, la structure du stade et ses éclairages dans le même cadre.

Les réglages.

Toute la série est à 800 ISO. L’ouverture va de f/1.7 (la passerelle à l’heure bleue, au 1/30 s, et le toit illuminé) à f/4.5 (supporters de dos au 1/400 s et drapeaux de l’essai au 1/250 s). Les vitesses restent entre le 1/30 s et le 1/400 s, selon les tableaux lumineux.

La lumière.

Un mélange permanent de projecteurs blancs, de toit coloré et d’écrans géants. Les contre-jours écrasent les ombres, les couleurs du toit teintent la foule de rose et de violet. Le parti pris a été de ne pas les corriger : ce bain tricolore est la signature du soir.

Boîtier : Leica Q2 — Summilux 28 mm f/1.7 ASPH. · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2022 — All Rights Reserved.

Il y a des soirs où le sport cesse d’être un score pour devenir une mémoire. Le 19 mars 2022, au Stade de France, la France a décroché un Grand Chelem attendu depuis douze ans, et Français et Anglais ont vibré dans la même ferveur.

Le sport de toute une vie

Depuis mon plus jeune âge, le rugby est une passion que rien n’a jamais entamée. Alors un Crunch, France-Angleterre, un samedi de mars, avec un Grand Chelem possible au bout de la soirée : j’y allais comme on retourne dans la maison de son enfance, avec le cœur qui bat un peu trop vite.

L’heure bleue

À 19 h 33, le Stade de France flotte sur la nuit, couronné de bleu, de blanc et de rouge. Je marche avec la foule sur la passerelle, au rythme lent des grands soirs. Des milliers de gens, une même direction, et ce murmure particulier de ceux qui savent qu’ils vont assister à quelque chose.

Deux peuples, un même costume de fête

Les premiers visages que je retiens ne sont pas français. Ce sont des Anglais : casques coloniaux blancs, queues-de-pie barrées de la croix de Saint-Georges, pantalons rouge vif, moustaches de music-hall. Et sur leurs joues, discrètement, du bleu, du blanc et du rouge.

Quelques gradins plus loin, un Français en béret couvert de pins, une grappe de raisin pendue à l’oreille, un drapeau jeté sur les épaules comme une cape. À côté de lui, un coq en peluche. On se déguise des deux côtés de la Manche, avec la même application. C’est peut-être cela, un Crunch : une rivalité qui a la politesse de rire d’elle-même.

Un temple qui s’allume

Vers 20 h 48, le toit s’embrase. Le bleu, le blanc, le rouge coulent sur la couronne du stade, et sur la bordure de la pelouse s’affiche FRANCE – ANGLETERRE. Les porteurs de drapeaux s’avancent sur l’herbe, et dans les tribunes, des milliers de téléphones s’allument comme des braises.

Les Bleus font le travail

Je ne suis pas là pour écrire le compte rendu, d’autres l’ont fait mieux que moi. Mais je garde les images. Le grand écran qui rejoue l’essai de Gaël Fickou, à la quinzième minute, avec le score de 8-0 qui s’affiche. Un peu avant la pause, les Bleus qui martèlent la ligne anglaise, le bras de l’arbitre levé, et le stade entier retenant son souffle. Puis le retour des Anglais, l’essai de Freddie Steward, et la peur qui revient.

Et à l’heure de jeu, l’essai d’Antoine Dupont. Sur l’écran, un seul mot : ESSAI. Les drapeaux se lèvent d’un bloc, une forêt de bleu, de blanc et de rouge, et le Stade de France se met à vibrer.

La mi-temps de la rose et du béret

Pendant l’entracte, une scène m’a arrêté. Un Français en béret, un Anglais en casque colonial avec la rose d’Angleterre sur la poitrine, la main posée sur le cœur. Ils se parlent. Je ne sais pas ce qu’ils se disent, et je n’ai pas besoin de le savoir. Tout est dans le geste : un ennemi de quatre-vingts minutes, un adversaire qu’on respecte, un invité qu’on accueille.

Ce que je retiens

Ce match m’a mis en transe. Je n’ai pas d’autre mot. Il y a dans un stade plein une communion paroxystique que je n’ai trouvée nulle part ailleurs, ni dans une salle de concert ni dans un festival : quatre-vingt mille personnes qui retiennent leur souffle, puis le relâchent ensemble. Ce soir-là, Français et Anglais ont communié dans ce moment, chacun avec ses couleurs, chacun avec son chant.

Et puis il y a eu les tunnels d’accès au RER. Je ne les ai pas photographiés. Quand la Marseillaise y a retenti, j’ai su que ce moment-là marquerait à jamais ma mémoire. Aucun objectif ne rend ce son-là. À 23 h 17, l’une de mes dernières images : Antoine Dupont, en tee-shirt blanc, une médaille au cou, qui quitte la pelouse au milieu des téléphones levés. Premier Grand Chelem depuis 2010.

Le match en quelques lignes

France 25 – 13 Angleterre, samedi 19 mars 2022, Stade de France, dernière journée du Tournoi des Six Nations. Mi-temps : 18-6. Essais français : Gaël Fickou (15e), François Cros (fin de première période), Antoine Dupont (61e). Essai anglais : Freddie Steward, en début de seconde période. À la fin du match, Grégory Alldritt envoie le ballon en touche, et la France remporte son 10e Grand Chelem, le premier depuis 2010.

Sources : Rugby World, Europe 1, rugby.com.au, TNT Sports (comptes rendus du match).

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Photographies prises depuis les tribunes, sans accès au bord terrain. Pas de téléobjectif, donc pas de portrait d’action : la série raconte la foule, les tribunes, les lumières, plus que le jeu.

Le matériel.

Leica Q2, objectif fixe Summilux 28 mm f/1.7 ASPH. Le 28 mm impose de s’approcher ou de renoncer. Ici, il m’a permis d’embrasser la foule, la structure du stade et ses éclairages dans le même cadre.

Les réglages.

Toute la série est à 800 ISO. L’ouverture va de f/1.7 (la passerelle à l’heure bleue, au 1/30 s, et le toit illuminé) à f/4.5 (supporters de dos au 1/400 s et drapeaux de l’essai au 1/250 s). Les vitesses restent entre le 1/30 s et le 1/400 s, selon les tableaux lumineux.

La lumière.

Un mélange permanent de projecteurs blancs, de toit coloré et d’écrans géants. Les contre-jours écrasent les ombres, les couleurs du toit teintent la foule de rose et de violet. Le parti pris a été de ne pas les corriger : ce bain tricolore est la signature du soir.

Boîtier : Leica Q2 — Summilux 28 mm f/1.7 ASPH. · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2022 — All Rights Reserved.

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