Rennes, France

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Gossip, la voix comme évidence

Gossip, la voix comme évidence

Le Liberté. Tournée A Joyful Noise. Olympus OM-D E-M5, 75 mm f/1.8. Trois choses à retenir : la voix, la voix, la voix.

Le Liberté. Tournée A Joyful Noise. Olympus OM-D E-M5, 75 mm f/1.8. Trois choses à retenir : la voix, la voix, la voix.

Gossip

Gossip, la voix comme évidence

Le Liberté. Tournée A Joyful Noise. Olympus OM-D E-M5, 75 mm f/1.8. Trois choses à retenir : la voix, la voix, la voix.

Il y a des soirs où l'on sort d'une salle sans avoir besoin de chercher ses mots. Celui-là en fait partie. Ce que je retiens de Gossip au Liberté tient en une seule chose répétée trois fois : la voix.

Pas le décor — il n'y en avait pas. Pas la mise en scène — un praticoble de batterie, quelques barres de LED, de la fumée. Cinq personnes sur scène, dont une qui portait tout.

Beth Ditto arrive pieds nus, en robe à paillettes noire et argent. Elle est petite, elle est ronde, elle occupe le plateau entier. Dès la première mesure, on comprend qu'il n'y aura pas de moment creux.

Ce timbre-là ne s'explique pas. Il vient du gospel arkansais autant que du punk d'Olympia. Il monte sans effort apparent, il tient, il ne se fissure jamais. Sur Standing in the Way of Control, la salle a hurlé si fort qu'on ne s'entendait plus penser — et sa voix passait quand même par-dessus.

Un groupe en pleine mue

Il faut resituer. Cette tournée défendait A Joyful Noise, sorti en mai 2012, produit par Brian Higgins de Xenomania — c'est-à-dire par l'homme des tubes pop britanniques. Le virage était assumé : moins de dance-punk brut, plus de synthé et de production léchée. La critique s'est montrée tiède ; certains fans de la première heure ont trouvé ça lisse.

Sur disque, peut-être. Sur scène, la question ne se pose pas. Portées par la batterie de Hannah Blilie, les nouvelles chansons retrouvaient exactement la même urgence que les anciennes.

Puis quelqu'un dans la fosse lui tend un drapeau arc-en-ciel, annoté à la main. Elle le déplie, le tient devant elle, et continue de chanter.

Nous sommes en novembre 2012. La France débat du mariage pour tous depuis quelques semaines et les manifestations vont commencer. Beth Ditto, lesbienne assumée depuis toujours, militante avant d'être une star, n'a pas besoin de faire un discours. Elle tient le drapeau. C'est suffisant, et c'est plus fort.

Le reste, c'est de l'énergie pure. Elle court, elle transpire, elle parle français entre les morceaux, elle rit. Deux heures. Une salle debout du début à la fin.

Ce que j'en retiens

Le 75 mm f/1.8 avait été acheté quelques mois plus tôt. Ce soir-là, il a fait ce qu'aucun zoom n'aurait fait : sortir un visage d'un mur de fumée colorée, à pleine ouverture, sans hésiter.

Mais la leçon est ailleurs. On peut avoir la meilleure optique du marché : ce qui reste, quatorze ans après, ce n'est pas la netteté. C'est le souvenir d'une voix.

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