Rezé, France

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Les Cowboys Fringants — La Trocardière, Rezé · 30 novembre 2009

Les Cowboys Fringants — La Trocardière, Rezé · 30 novembre 2009

Il y a des concerts qu'on attend depuis un voyage. Celui-là, je l'attendais depuis le Québec.

Il y a des concerts qu'on attend depuis un voyage. Celui-là, je l'attendais depuis le Québec.

Les Cowboys Fringants

Quelques mois plus tôt, j'avais traversé l'Atlantique pour la première fois vers l'ouest. Le Québec m'avait pris par surprise, comme il prend tout le monde par surprise — cette façon qu'il a d'être à la fois familier et radicalement autre, français dans la langue mais nord-américain dans l'espace, dans l'odeur de l'air, dans la démesure des distances.

C'est là-bas que j'avais découvert L'Expédition. Un disque sorti en septembre 2008, que quelqu'un m'avait mis entre les mains ou que j'avais trouvé par hasard — peu importe. Ce qui comptait, c'est qu'il avait immédiatement dit quelque chose que je ressentais sans savoir le formuler : que ce pays était une promesse, et que certaines promesses vous habitent longtemps même quand vous ne pouvez pas les tenir.

J'étais rentré à Nantes avec ce disque dans les bagages et l'idée un peu folle de peut-être, un jour, ne pas rentrer du tout.

Je n'ai pas réalisé ce rêve-là. Mon fils, lui, l'a fait. Il vit à Montréal maintenant.

Le 26 novembre 2009, les Cowboys Fringants jouaient à La Trocardière de Rezé. Une salle à taille humaine, 3 000 places, le genre d'endroit où la musique ne vous arrive pas filtrée par la distance mais directement dans la poitrine. J'avais mon appareil. J'avais surtout l'envie de voir en vrai ce que j'avais écouté en boucle depuis des mois.

Ce que j'ai trouvé sur scène ce soir-là, c'est un groupe qui jouait comme si chaque concert était le dernier et le premier en même temps. Karl Tremblay au centre, voix tendue vers la fosse, pas de distance entre lui et les gens. Marie-Annick Lépine au violon, qui donnait à leur rock une couleur folk, presque celtique par moments. L'ensemble fonctionnait comme une mécanique vivante — pas une machine, quelque chose d'organique, de imparfait dans le bon sens du terme.

Les lumières ont beaucoup compté ce soir-là. Des faisceaux verts et soufre au début, presque industriels, qui découpaient la scène en strates. Puis le rouge qui montait, qui chauffait tout, qui transformait les silhouettes en icônes. Et en fin de soirée, ce bleu-violet inattendu avec des projections d'illustrations fantastiques en fond — des créatures hybrides en costume bourgeois qui regardaient la salle avec l'ironie douce et grave qui caractérise si bien l'humour québécois. Je n'avais pas vu ça venir. J'ai déclenché.

Ce sont ces images que je garde de ce concert. Pas les plus nettes techniquement — la lumière de scène en 2009 testait les limites de n'importe quel capteur, et je n'avais pas encore développé tous les réflexes que j'ai aujourd'hui. Mais des images justes. Des images qui disent ce que les mots disent moins bien : que ce groupe-là touchait quelque chose de réel, quelque chose qui avait à voir avec le sentiment d'appartenir à un endroit même quand on n'y est pas.

J'ai revu les Cowboys Fringants plusieurs fois après cette nuit de novembre, à chaque fois qu'ils revenaient sur Nantes. C'était devenu un rendez-vous évident, comme certaines choses qui s'installent dans une vie sans qu'on ait vraiment décidé.

Karl Tremblay nous a quittés en novembre 2023. Quatorze ans, presque jour pour jour, après ce concert de la Trocardière.

Ce groupe fait partie intégrante de mon histoire. Ces quatre photos en sont la trace — imparfaite, lumineuse, et définitivement là.

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