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Résumé
Si je vous dis « colibri », vous pensez inévitablement à la célèbre légende amérindienne popularisée par Pierre Rabhi : la forêt brûle, les animaux fuient, et le petit oiseau jette quelques gouttes d'eau sur les flammes en disant « je fais ma part ». C'est beau, c'est noble, c'est très poétique. Mais rassurez-vous, je n'ai pas décidé de me lancer dans l'écologie appliquée au bureau. Ce que je constate, c'est que le monde du travail nous a tous transformés en colibris malgré nous — et ce n'est pas toujours une bonne nouvelle.
Si je vous dis « colibri », vous pensez inévitablement à la célèbre légende amérindienne popularisée par Pierre Rabhi : la forêt brûle, les animaux fuient, et le petit oiseau jette quelques gouttes d'eau sur les flammes en disant « je fais ma part ». C'est beau, c'est noble, c'est très poétique.
Mais rassurez-vous, je n'ai pas décidé de me lancer dans le coaching spirituel. Si le colibri me fait penser à vous, à nous, et à des milliers de collègues aujourd'hui, c'est pour une raison beaucoup plus pragmatique et… purement biomécanique.
Laissez-moi vous parler de la physique du vol stationnaire.
80 battements d'ailes par seconde… pour faire du surplace
Le colibri est une anomalie fascinante de la nature. Pour accomplir son fameux "surplace", il doit battre des ailes entre 50 et 80 fois par seconde, dessinant des "huit" dans les airs. Les biologistes estiment que ce petit oiseau représente la limite supérieure absolue de la locomotion aérobie chez les vertébrés. S'il avait la taille d'un humain, il devrait ingérer près de 155 000 calories par jour et frôlerait l'auto-combustion tellement son moteur tourne à plein régime.
Ça ne vous rappelle rien ?
Regardez autour de vous, quel que soit votre secteur d'activité. Des services à l'industrie, en passant par la santé, le commerce ou la banque, nos journées ressemblent à s'y méprendre à ce vol stationnaire. Nous déployons une énergie titanesque, nous brassons des dizaines de mails à l'heure, nous absorbons de nouvelles normes en continu, nous nous adaptons à des process soi-disant "agiles" (qui le sont rarement), nous jonglons avec des exigences contradictoires… et tout cela, pourquoi ?
Pour avancer ? Même pas. Juste pour maintenir l'existant. Juste pour ne pas nous écraser au sol. Nous battons des ailes frénétiquement pour faire du surplace.
Le "Syndrome de la Reine Rouge" managérial
Ce phénomène d'épuisement stationnaire a une résonance très sérieuse dans la recherche. En biologie évolutive et en théorie des organisations, on l'appelle le "Syndrome de la Reine Rouge". Le concept tire son nom du célèbre livre de Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir. La Reine Rouge y explique à Alice : "Ici, vois-tu, il faut courir de toute sa vitesse rien que pour rester à la même place."
C'est exactement le mal de notre décennie professionnelle. L'inflation des procédures, le reporting permanent et la complexité systémique ont créé une hyper-densification du travail. Les études sur la charge mentale montrent que les salariés consacrent aujourd'hui une part vertigineuse de leur énergie non plus à créer, mais à simplement éponger la complexité imposée par l'organisation. Nous sommes des "colibris managériaux".
Il est temps de se poser sur la branche
L'oiseau-mouche est équipé par des millions d'années d'évolution pour supporter ce rythme. Nous, êtres humains, ne le sommes pas. Le burn-out, c'est finalement le moment où les ailes s'arrêtent de battre.
Il est vital de repenser nos fonctionnements. Le monde du travail ne peut pas exiger de toutes ses forces vives de frôler la tachycardie au quotidien pour faire tourner la machine. L'enjeu du syndicalisme moderne et d'un management responsable, c'est d'exiger qu'on allège la charge de vol. Il faut cesser ce surplace épuisant pour que nous puissions enfin recommencer à avancer, sainement.
En attendant, la prochaine fois que vous aurez l'impression d'avoir abattu une montagne de travail sans avoir pour autant avancé d'un centimètre, soyez indulgents avec vous-mêmes. Vous n'avez pas rien fait. Vous avez maîtrisé l'art du vol stationnaire. Et croyez-moi, c'est du sport de haut niveau.
Alors, qui d'autre se sent l'âme d'un colibri aujourd'hui ?
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