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Résumé
Certains matins de septembre, on avance vers le bureau avec un cartable d'enfant invisible sur le dos. Cette petite boule au ventre des veilles de rentrée, je la connais depuis l'adolescence. Adulte, elle ne disparaît pas — elle change juste de costume. Mais septembre est aussi l'un des rares moments de l'année où l'on peut vraiment repartir de zéro. Comme en photographie, je fais la mise au point : on garde net le premier plan — la santé, les siens, ce qui nous tient debout — et on laisse le reste devenir flou. Et vous, quel sera votre refuge cette rentrée ? Belle rentrée à toutes et à tous — aux grands comme aux petits. Ma chronique complète « Le refuge et l'élan »
Il y a des nuits d'avant-rentrée dont je me souviens encore. J'avais treize, quatorze ans, et dès le dimanche soir quelque chose se serrait. Pas une grande peur spectaculaire. Une inquiétude sourde, qui montait avec le noir, devant cette année entière qui s'ouvrait comme un couloir vide.
Je cherchais à me raccrocher. Toujours à la même chose : un livre. Un Jules Verne corné, une BD lue vingt fois, un roman historique. Je m'allongeais, la lampe de chevet allumée, et je tournais les pages jusqu'à ce que mon souffle ralentisse. Le cœur reprenait son rythme. Mes pensées filaient ailleurs, vers un monde que je venais d'inventer, et je finissais par m'endormir dedans.
Je ne fuyais pas. Je me redonnais un centre avant d'y retourner. C'est tout ce que je savais faire à cet âge-là, et honnêtement, je n'ai pas trouvé beaucoup mieux depuis.
Quarante ans plus tard, cette peau d'inquiétude, je la reconnais sur les visages de septembre. Elle ne s'en va pas avec l'enfance. Elle met juste un costume d'adulte.
Et les chiffres le disent sans détour : près d'un adulte sur deux avoue un « blues de la rentrée » selon Odoxa, et un baromètre 2023 sur le stress au travail compte 52 % d'actifs anxieux à l'idée de la reprise. Ce n'est donc pas une faiblesse personnelle. C'est presque la règle. Ivan Coaching
Ce qui m'a frappé, en creusant, c'est un renversement que pointe le psychologue du travail Christophe Nguyen : on croit redouter le départ en congés, alors que c'est le retour qui angoisse le plus — la messagerie qui déborde, les dossiers qui s'empilent, cette impression que tout le repos accumulé va s'évaporer dès le premier café. Ajoutez-y le décor de cette année. Le travail laissé en plan avant l'été. Les postes qu'on ne remplace plus. Et par-dessus, le vacarme du monde — l'économie, le climat, la politique. Le grand couloir vide de l'adolescent est devenu, chez l'adulte, une pièce trop pleine. Le vertige, lui, n'a pas bougé. Hellowork
Mais je ne veux pas écrire une chronique de la plainte. Parce qu'il y a l'autre versant, et il est réel. Septembre est l'un des rares moments de l'année où l'on peut vraiment repartir de zéro. Des chercheurs ont mis un nom là-dessus — l'« effet nouveau départ », étudié par Katherine Milkman et ses collègues : un repère fort dans le calendrier, un lundi, une rentrée, nous met à distance de l'« ancien moi » et nous rend l'action plus facile ; c'est comme si on s'autorisait enfin à ranger cette version-là au passé. Ce n'est pas de la pensée positive de comptoir : les données montrent qu'on est un tiers plus enclin à se remettre au sport en début de semaine, et près de la moitié en plus au début d'un nouveau semestre. Psychology TodayPsychology Today
Voilà ce qui m'apaise, au fond. La peur et l'élan sortent du même trou. Ce moment qui fait mal au ventre est exactement celui qui permet de se remettre droit.
Je le dis souvent avec mon vocabulaire de photographe, mais ce n'est pas qu'une image. Faire la mise au point, c'est renoncer. On ne peut pas tout garder net dans le cadre. On choisit ce qui reste au premier plan — la santé, les siens, ce qui nous tient debout — et on laisse le reste devenir flou. Le décor, l'accessoire, l'artificiel. Une photo ne devient lisible qu'à ce prix. Je crois qu'une vie aussi.
Alors qu'est-ce que je me dis, concrètement, cette rentrée ? Pas grand-chose, en vérité. Reprendre doucement, ne pas replonger le premier matin dans la mêlée — Nguyen a raison, on ne relance pas un sprinter à froid. M'asseoir cinq minutes et écrire ce que je refuse cette année, les lignes que je ne franchirai plus, parce qu'une limite qu'on couche sur le papier tient mieux debout qu'une bonne intention. Et surtout, remettre le « je » au milieu sans en avoir honte. La famille, la santé, le repos ne sont pas des récompenses qu'on s'accorde une fois le reste terminé. Ce sont les fondations. Le travail compte — il ne comptera jamais plus que ceux qui nous attendent le soir.
Le reste, ce qui prétend passer avant, c'est presque toujours du décor.
Alors dites-moi : quel sera votre refuge, cette année ? Et quelle est la première limite que vous allez poser ? Écrivez-la quelque part. Puis, un jour, osez la dire à voix haute.
Je vous souhaite à tous une belle rentrée. Aux grands qui reprennent le chemin du bureau, aux petits celui de l'école. Que chacun retrouve, comme l'enfant à sa lampe, ce souffle qui ralentit et qui rassure.
Partagez-moi votre refuge de rentrée en commentaire — et retrouvez mes chroniques sur www.neoexplora.net.
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