Paris, France

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Florence + The Machine, ou l'art de crier ensemble

Florence + The Machine, ou l'art de crier ensemble

Everybody Scream Tour. Accor Arena. Un iPhone dans la poche, aucun boîtier. Et malgré tout, quelque chose à rapporter.

Everybody Scream Tour. Accor Arena. Un iPhone dans la poche, aucun boîtier. Et malgré tout, quelque chose à rapporter.

Avant Florence, il y a le voile.

Bercy, 22 février 2026 — Florence + The Machine, ou l'art de crier ensemble

Everybody Scream Tour. Accor Arena. Un iPhone dans la poche, aucun boîtier. Et malgré tout, quelque chose à rapporter.

Il y a des soirs où l'on entre dans une salle sans matériel, et où l'on comprend très vite que c'était la bonne décision.

J'étais loin. Très loin. Pas d'accréditation, pas de fosse, pas de 70-200. Rien qu'un iPhone 17 Pro Max en Apple ProRAW, ce format qui laisse enfin respirer les hautes lumières et récupérer les noirs — ce qui, dans un show construit presque entièrement sur des contre-jours orangés et des découpes de fumée, n'est pas un détail technique mais une condition de survie.

Le rideau tombe sur des chants d'incantation. Florence Welch apparaît au centre, mains derrière le dos, immobile. Puis le cri : Everybody Scream. Et cette fois, elle n'est pas seule — quatre danseuses l'accompagnent, échappées du clip.

Ce que raconte cette tournée

Cet album n'est pas un album de plus. Il est né d'une rupture, au sens propre. En août 2023, en pleine tournée Dance Fever, une grossesse extra-utérine a manqué la tuer sur scène. Elle a annulé deux dates, puis s'est tue pendant deux ans. Everybody Scream est ce qu'elle a fait de ce silence : un disque de rage, de deuil et de sorcellerie, sans concession.

Savoir cela change l'écoute. Big God, Which Witch, The Old Religion ne sont plus des morceaux gothiques : ce sont des exorcismes. Elle avouera d'ailleurs sur scène avoir eu le sentiment que ses chansons agissaient parfois comme des présages — et l'on repense à King, écrit en 2022, où elle redoutait déjà que la maternité ne dévore sa carrière.

Le geste

Elle court pieds nus, comme il y a quinze ans. Elle descend jusqu'au cœur de la fosse. Elle serre des mains, embrasse des inconnues. Une salle entière en robes rouges et couronnes de fleurs.

Et c'est précisément là que l'absence de téléobjectif cesse d'être une frustration. De loin, on ne photographie plus un visage : on photographie une circulation. La silhouette rousse qui traverse la passerelle, la marée de bras qui suit, la lumière qui coupe la fumée en tranches. Le cadre large raconte quelque chose que le portrait serré ne dira jamais — la communion elle-même.

Le rappel emporte tout : One of the Greats, Dog Days Are Over, Free. Puis And Love, en point d'orgue, presque murmuré.

Ce que j'en retiens

Un enseignement d'artisan, pour finir. On croit toujours qu'il faut le bon boîtier. La vérité, c'est qu'il faut d'abord la bonne distance — et qu'elle n'est pas toujours celle qu'on aurait choisie.

Première partie

Paris Paloma ouvre la soirée. Robe bleue à manches ballon, guitare sèche, un guitariste et un batteur — trois personnes sur un plateau conçu pour en accueillir dix. La salle se remplit encore, une partie du public discute. Elle chante quand même comme si Bercy était plein.

Le choix n'a rien d'un remplissage. Cette Anglaise du Derbyshire, née en 1999, diplômée en beaux-arts de Goldsmiths, s'est fait connaître en 2023 avec labour — un titre devenu viral sur TikTok, qui met en accusation la charge domestique et le travail invisible imposé aux femmes. Son premier album, Cacophony (2024), construit à partir des mythes grecs et de la structure du voyage du héros, prolonge la même colère : identité féminine, attentes sociales, ce qu'on exige des femmes et qu'on n'exige de personne d'autre.

On comprend pourquoi Florence l'a choisie pour toute la tournée. Everybody Scream est né d'une hémorragie interne et d'un deuil tu pendant deux ans ; labour est né d'une exaspération ordinaire. Ce ne sont pas les mêmes blessures, mais c'est la même salle qui les reçoit — cette « armée de filles en colère avec des couronnes de fleurs », comme l'écrivait un chroniqueur ce soir-là. Vingt-six ans séparent les deux femmes. Le fil, lui, est continu.

Une génération transmet à l'autre. C'est aussi ça, une première partie bien pensée.

Setlist — Accor Arena, 22 février 2026

Everybody Scream Tour · Première partie : Paris Paloma · 20h50–22h40 (1h50) · 21 titres, dont 7 du dernier album

  1. Everybody Scream

  2. Witch Dance

  3. Shake It Out

  4. Seven Devils

  5. Big God

  6. Daffodil

  7. Which Witch

  8. Cosmic Love

  9. Spectrum

  10. Never Let Me Go

  11. Hunger (première de la tournée)

  12. Buckle

  13. King

  14. The Old Religion

  15. Howl

  16. Heaven Is Here

  17. Sympathy Magic

Rappel : One of the Greats · Dog Days Are Over · Free · And Love

Répartition par album : Everybody Scream (7), Ceremonials (4), Dance Fever (4), Lungs (3), High as Hope (2), How Big How Blue How Beautiful (1).


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