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Beaujoire 2023 : le monde en tribunes

Stade de la Beaujoire, Nantes

5 min de lecture

Beaujoire 2023 : le monde en tribunes

Beaujoire 2023 : le monde en tribunes

Coupe du monde de rugby 2023 à Nantes : Irlande–Tonga, Argentine–Chili et Japon–Argentine à la Beaujoire, entre sens de la fête, ferveur mystique, couleurs d’un autre monde et union des peuples.

Coupe du monde de rugby 2023 à Nantes : Irlande–Tonga, Argentine–Chili et Japon–Argentine à la Beaujoire, entre sens de la fête, ferveur mystique, couleurs d’un autre monde et union des peuples.

Supporters japonais en rouge et blanc et argentins en ciel et blanc mêlés au bord de la pelouse, stadiers en gilets orange le long des écrans publicitaires

Trois matchs de poule à la Beaujoire, entre le 16 septembre et le 8 octobre 2023, et des tribunes où le monde entier avait pris place. Récit d’une Coupe du monde où Nantes est devenue, le temps de trois rendez-vous, la capitale de l’union des peuples.

Nantes, le monde en miniature

Quand la Coupe du monde de rugby 2023 a posé ses valises à Nantes, la Beaujoire a changé de planète. Plusieurs matchs de poule s’y sont joués et j’ai pu en suivre plusieurs. J’y allais avec une attente que je ne cachais pas : celle d’une grande performance de l’équipe de France, quelques jours plus tard.

Ce que j’ai trouvé, c’est autre chose. Une ambiance d’union des peuples : le sens de la fête des Irlandais, la ferveur presque mystique des Argentins, et les couleurs bigarrées d’un autre monde, le Japon.

Le 16 septembre, la marée verte

Samedi 16 septembre, c’est l’Irlande qui ouvre le bal à la Beaujoire, face aux Tonga. Dès le début de soirée, bien avant le coup d’envoi, la fan zone est devenue irlandaise : maillots verts, bérets verts, drapeau tricolore vert, blanc et orange jeté sur l’herbe, pintes à la main. Personne ne se presse, tout le monde se parle, on rit, on chante, on se tape dans le dos. Le sens de la fête n’est pas un slogan, c’est une méthode.

Sur la pelouse, les Tonga en rouge, l’Irlande en blanc. Dans un regroupement que j’ai photographié depuis les tribunes, les Irlandais se relèvent, un poing se lève, l’arbitre en bleu suit le jeu : l’Irlande déroule. Elle s’impose 59 à 16 en huit essais, et Johnny Sexton devient ce soir-là le meilleur marqueur de points de l’histoire du XV du Trèfle. Mais le plus beau moment de la soirée reste celui d’avant : l’hymne irlandais, chanté par un stade entier.

Le 30 septembre, le derby des Andes

Samedi 30 septembre, la Beaujoire joue Argentine – Chili. Sous le toit de la tribune, les drapeaux des deux pays encadrent celui de la Coupe du monde. Plus haut, sur la toiture, des militaires adossés au parapet regardent le match, les immeubles du quartier en toile de fond. Une carte postale improbable.

Le Chili disputait son premier Mondial, et ce match en était le dernier. Dans la mêlée que j’ai photographiée, le rouge chilien fait face au bleu ciel et blanc argentin. L’Argentine s’impose 59 à 5. Dans les gradins, un supporter en bonnet de bouffon, lunettes de soleil, gobelet de bière nantais à la main, me jette un regard qui en dit long sur l’humeur du jour.

Le 8 octobre, un huitième de finale avant l’heure

Dimanche 8 octobre, 13 h. Japon – Argentine se joue la deuxième place de la poule D, et le droit d’affronter le pays de Galles en quarts de finale. L’Argentine est en bleu nuit, le Japon en cerceaux rouges et blancs.

Les premières minutes se jouent sous un soleil franc, avec des ombres longues sur l’herbe : une mêlée, une touche, les bras tendus vers le ballon. Santiago Chocobares marque dès la 70e seconde, et le ton est donné. Les Argentins mènent 15 à 14 à la pause et finiront par s’imposer 39 à 27.

Un autre monde dans les tribunes

C’est dans les gradins que le match devient un théâtre. Des casques rouges en carton à crête dorée, des mains qui applaudissent, un bonnet bleu brandi à bout de bras : la tribune bouge comme un seul corps.

À la mi-temps, un supporter japonais au bonnet pointu rayé de rouge et de blanc, visage poudré, joues rosées, lunettes rondes, consulte son téléphone, indifférent à l’Argentin en maillot ciel et blanc qui lui sert de cadre. Un peu plus loin, une supportrice japonaise brandit une pancarte : « Dear my boss! Thank you for my 10 days off! ». Le syndicaliste que je suis n’a pu s’empêcher de sourire. Voilà un patron qui a compris que la qualité de vie au travail se mesure aussi en jours de Coupe du monde.

Quelques gradins plus haut, une supportrice argentine, visage peint aux couleurs du drapeau et bonnet de bouffon bleu et blanc, se retourne et sourit à l’objectif. La ferveur argentine tient tout entière dans ce sourire.

Ce que je retiens

Une Coupe du monde, c’est d’abord une foule qui se mélange. Sur la photo de fin de match, des Japonais en rouge et blanc et des Argentins en ciel et blanc partagent le même bord de pelouse, sous l’œil des stadiers en gilets orange. Les couleurs se côtoient, se mêlent, se saluent. J’ai pris un énorme plaisir à ces matchs.

Dehors, une fanfare en bérets rouges jouait sur le parking, sous un ciel sans nuage, comme si personne n’avait envie que ça s’arrête.

Puis il y a eu l’attente de l’équipe de France, et sa déception : le 15 octobre, au Stade de France, les Bleus se sont fait éliminer en quart de finale par l’Afrique du Sud, 28 à 29. Mais les tribunes de la Beaujoire m’avaient déjà donné leur leçon : avant d’être un score, le sport est une langue que tout le monde parle.

Les matchs en quelques lignes

Irlande 59 – 16 Tonga, samedi 16 septembre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule B. Huit essais irlandais ; mi-temps : 31 – 13. Johnny Sexton devient le meilleur réalisateur de l’histoire de l’Irlande.

Argentine 59 – 5 Chili, samedi 30 septembre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule D, coup d’envoi à 15 h. Premier essai de Nicolás Sánchez (8e), doublé de Juan Martín González (15e et 67e). Seul essai chilien : Tomás Dussaillant (72e), sur un maul après une touche à cinq mètres.

Japon 27 – 39 Argentine, dimanche 8 octobre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule D, coup d’envoi à 13 h. Mi-temps : 14 – 15. Essai de Santiago Chocobares après 70 secondes, triplé de Mateo Carreras, essai d’Emiliano Boffelli côté argentin ; Amato Fakatava et Naoto Saito pour le Japon. L’Argentine, deuxième de la poule, rencontre le pays de Galles en quarts de finale à Marseille ; le Japon est éliminé.

Sources : rugbyworldcup.com (Irlande – Tonga, Japon – Argentine, fiche du match Argentine – Chili, France – Afrique du Sud), RugbyPass (« L’Argentine remporte le derby des Andes face au Chili »), Le10sport (horaire de Japon – Argentine).

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Photographies prises depuis la fan zone et les tribunes de la Beaujoire, sans accès au bord terrain, sur trois journées : le samedi 16 septembre (Irlande – Tonga), le samedi 30 septembre (Argentine – Chili) et le dimanche 8 octobre (Japon – Argentine). Le jeu m’intéressait, mais la foule est restée mon vrai sujet.

Le matériel.

Sony RX100 VII, zoom 24–200 mm équivalent, ouvert à f/2.8–4.5. Un compact léger : le 200 mm atteint la pelouse depuis les gradins, le 24 mm sert pour les portraits à bout de bras et la fanfare.

Les réglages.

Sur le terrain, 200 mm à f/4.5 et jusqu’au 1/2000 s pour figer la touche et la mêlée. Dans les tribunes, 24 à 73 mm, f/2.8 à f/4, ISO 800, entre le 1/400 s et le 1/640 s pour saisir les portraits de mi-temps. Au total, les ISO vont de 100 à 800 et les vitesses du 1/125 s au 1/2000 s. Le soir du 16 septembre, sous les projecteurs, 72 mm, f/4.5, ISO 800 et 1/160 s suffisent pour figer le regroupement ; dans la fan zone, un 24 mm à f/4 et 1/125 s.

La lumière.

Un soleil dur de début d’automne, qui sculpte les ombres portées des joueurs sur l’herbe et coupe les tribunes entre zones d’ombre et de lumière. Sous la toiture, la lumière rebondit sur les structures vertes et colore les visages d’un vert doux. Je ne l’ai pas corrigé : c’est la couleur de la Beaujoire.

Boîtier : Sony RX100 VII — zoom 24–200 mm f/2.8–4.5 · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2023 — All Rights Reserved.

Trois matchs de poule à la Beaujoire, entre le 16 septembre et le 8 octobre 2023, et des tribunes où le monde entier avait pris place. Récit d’une Coupe du monde où Nantes est devenue, le temps de trois rendez-vous, la capitale de l’union des peuples.

Nantes, le monde en miniature

Quand la Coupe du monde de rugby 2023 a posé ses valises à Nantes, la Beaujoire a changé de planète. Plusieurs matchs de poule s’y sont joués et j’ai pu en suivre plusieurs. J’y allais avec une attente que je ne cachais pas : celle d’une grande performance de l’équipe de France, quelques jours plus tard.

Ce que j’ai trouvé, c’est autre chose. Une ambiance d’union des peuples : le sens de la fête des Irlandais, la ferveur presque mystique des Argentins, et les couleurs bigarrées d’un autre monde, le Japon.

Le 16 septembre, la marée verte

Samedi 16 septembre, c’est l’Irlande qui ouvre le bal à la Beaujoire, face aux Tonga. Dès le début de soirée, bien avant le coup d’envoi, la fan zone est devenue irlandaise : maillots verts, bérets verts, drapeau tricolore vert, blanc et orange jeté sur l’herbe, pintes à la main. Personne ne se presse, tout le monde se parle, on rit, on chante, on se tape dans le dos. Le sens de la fête n’est pas un slogan, c’est une méthode.

Sur la pelouse, les Tonga en rouge, l’Irlande en blanc. Dans un regroupement que j’ai photographié depuis les tribunes, les Irlandais se relèvent, un poing se lève, l’arbitre en bleu suit le jeu : l’Irlande déroule. Elle s’impose 59 à 16 en huit essais, et Johnny Sexton devient ce soir-là le meilleur marqueur de points de l’histoire du XV du Trèfle. Mais le plus beau moment de la soirée reste celui d’avant : l’hymne irlandais, chanté par un stade entier.

Le 30 septembre, le derby des Andes

Samedi 30 septembre, la Beaujoire joue Argentine – Chili. Sous le toit de la tribune, les drapeaux des deux pays encadrent celui de la Coupe du monde. Plus haut, sur la toiture, des militaires adossés au parapet regardent le match, les immeubles du quartier en toile de fond. Une carte postale improbable.

Le Chili disputait son premier Mondial, et ce match en était le dernier. Dans la mêlée que j’ai photographiée, le rouge chilien fait face au bleu ciel et blanc argentin. L’Argentine s’impose 59 à 5. Dans les gradins, un supporter en bonnet de bouffon, lunettes de soleil, gobelet de bière nantais à la main, me jette un regard qui en dit long sur l’humeur du jour.

Le 8 octobre, un huitième de finale avant l’heure

Dimanche 8 octobre, 13 h. Japon – Argentine se joue la deuxième place de la poule D, et le droit d’affronter le pays de Galles en quarts de finale. L’Argentine est en bleu nuit, le Japon en cerceaux rouges et blancs.

Les premières minutes se jouent sous un soleil franc, avec des ombres longues sur l’herbe : une mêlée, une touche, les bras tendus vers le ballon. Santiago Chocobares marque dès la 70e seconde, et le ton est donné. Les Argentins mènent 15 à 14 à la pause et finiront par s’imposer 39 à 27.

Un autre monde dans les tribunes

C’est dans les gradins que le match devient un théâtre. Des casques rouges en carton à crête dorée, des mains qui applaudissent, un bonnet bleu brandi à bout de bras : la tribune bouge comme un seul corps.

À la mi-temps, un supporter japonais au bonnet pointu rayé de rouge et de blanc, visage poudré, joues rosées, lunettes rondes, consulte son téléphone, indifférent à l’Argentin en maillot ciel et blanc qui lui sert de cadre. Un peu plus loin, une supportrice japonaise brandit une pancarte : « Dear my boss! Thank you for my 10 days off! ». Le syndicaliste que je suis n’a pu s’empêcher de sourire. Voilà un patron qui a compris que la qualité de vie au travail se mesure aussi en jours de Coupe du monde.

Quelques gradins plus haut, une supportrice argentine, visage peint aux couleurs du drapeau et bonnet de bouffon bleu et blanc, se retourne et sourit à l’objectif. La ferveur argentine tient tout entière dans ce sourire.

Ce que je retiens

Une Coupe du monde, c’est d’abord une foule qui se mélange. Sur la photo de fin de match, des Japonais en rouge et blanc et des Argentins en ciel et blanc partagent le même bord de pelouse, sous l’œil des stadiers en gilets orange. Les couleurs se côtoient, se mêlent, se saluent. J’ai pris un énorme plaisir à ces matchs.

Dehors, une fanfare en bérets rouges jouait sur le parking, sous un ciel sans nuage, comme si personne n’avait envie que ça s’arrête.

Puis il y a eu l’attente de l’équipe de France, et sa déception : le 15 octobre, au Stade de France, les Bleus se sont fait éliminer en quart de finale par l’Afrique du Sud, 28 à 29. Mais les tribunes de la Beaujoire m’avaient déjà donné leur leçon : avant d’être un score, le sport est une langue que tout le monde parle.

Les matchs en quelques lignes

Irlande 59 – 16 Tonga, samedi 16 septembre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule B. Huit essais irlandais ; mi-temps : 31 – 13. Johnny Sexton devient le meilleur réalisateur de l’histoire de l’Irlande.

Argentine 59 – 5 Chili, samedi 30 septembre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule D, coup d’envoi à 15 h. Premier essai de Nicolás Sánchez (8e), doublé de Juan Martín González (15e et 67e). Seul essai chilien : Tomás Dussaillant (72e), sur un maul après une touche à cinq mètres.

Japon 27 – 39 Argentine, dimanche 8 octobre 2023, Stade de la Beaujoire, Nantes, poule D, coup d’envoi à 13 h. Mi-temps : 14 – 15. Essai de Santiago Chocobares après 70 secondes, triplé de Mateo Carreras, essai d’Emiliano Boffelli côté argentin ; Amato Fakatava et Naoto Saito pour le Japon. L’Argentine, deuxième de la poule, rencontre le pays de Galles en quarts de finale à Marseille ; le Japon est éliminé.

Sources : rugbyworldcup.com (Irlande – Tonga, Japon – Argentine, fiche du match Argentine – Chili, France – Afrique du Sud), RugbyPass (« L’Argentine remporte le derby des Andes face au Chili »), Le10sport (horaire de Japon – Argentine).

L’Œil de l’expert

Le contexte.

Photographies prises depuis la fan zone et les tribunes de la Beaujoire, sans accès au bord terrain, sur trois journées : le samedi 16 septembre (Irlande – Tonga), le samedi 30 septembre (Argentine – Chili) et le dimanche 8 octobre (Japon – Argentine). Le jeu m’intéressait, mais la foule est restée mon vrai sujet.

Le matériel.

Sony RX100 VII, zoom 24–200 mm équivalent, ouvert à f/2.8–4.5. Un compact léger : le 200 mm atteint la pelouse depuis les gradins, le 24 mm sert pour les portraits à bout de bras et la fanfare.

Les réglages.

Sur le terrain, 200 mm à f/4.5 et jusqu’au 1/2000 s pour figer la touche et la mêlée. Dans les tribunes, 24 à 73 mm, f/2.8 à f/4, ISO 800, entre le 1/400 s et le 1/640 s pour saisir les portraits de mi-temps. Au total, les ISO vont de 100 à 800 et les vitesses du 1/125 s au 1/2000 s. Le soir du 16 septembre, sous les projecteurs, 72 mm, f/4.5, ISO 800 et 1/160 s suffisent pour figer le regroupement ; dans la fan zone, un 24 mm à f/4 et 1/125 s.

La lumière.

Un soleil dur de début d’automne, qui sculpte les ombres portées des joueurs sur l’herbe et coupe les tribunes entre zones d’ombre et de lumière. Sous la toiture, la lumière rebondit sur les structures vertes et colore les visages d’un vert doux. Je ne l’ai pas corrigé : c’est la couleur de la Beaujoire.

Boîtier : Sony RX100 VII — zoom 24–200 mm f/2.8–4.5 · Post-traitement : Lightroom Classic. · Copyright : © Franck Torres @2023 — All Rights Reserved.

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