Toutes les newsletters
NEWSLETTER · EN QUELQUES LIGNES

Résumé
Il y a quelque chose de troublant dans notre époque : jamais les organisations n'ont autant parlé de « performance » et de « résilience ». Et jamais les humains qui les composent n'ont été aussi peu réparés. Après une formation sur la santé mentale au travail, une conviction s'est renforcée en moi. On ne répare pas le travail avec des process. On le répare avec des gens.
Réflexions après une formation sur la santé mentale au travail par la société Kalee et son formateur Albin Hamard
Il y a quelque chose de troublant dans notre époque : jamais les organisations n’ont autant parlé de “performance”, de “résilience”, de “transformation”… et pourtant jamais les femmes et les hommes qui les portent n’ont semblé aussi fragilisés.
Le travail craque.
Pas seulement sous la pression business.
Sous la pression émotionnelle.
Cette journée de formation sur la santé mentale au travail m’a rappelé une chose simple et dérangeante à la fois :
si on ignore la santé mentale au travail, tout le reste n’est que rhétorique.
Le cerveau n’est pas un outil neutre. L’entreprise ne peut plus faire semblant.
Les apports des neurosciences sont très clairs :
en moyenne, 47 % de notre temps d’éveil est passé à penser à autre chose qu’à ce que l’on est en train de faire ; un esprit distrait est un esprit plus vulnérable à l’anxiété et à la rumination ;
nos capacités d’attention sont limitées et influençables : stress, interruptions et multitâche viennent grignoter notre lucidité ;
la contagion émotionnelle et la contagion du stress sont bien réelles : voir quelqu’un en tension peut déclencher chez nous la même réaction de stress ;
sans sécurité psychologique, les zones du cerveau qui soutiennent la confiance, l’apprentissage et la coopération se ferment.
Les illusions visuelles travaillées pendant la journée – la danseuse qui semble changer de sens de rotation, l’éléphant aux pattes impossibles – illustrent une chose essentielle :
notre cerveau ne perçoit pas “la réalité brute”, il fabrique du sens à partir de fragments.
Il comble les vides, interprète, fait des raccourcis… souvent dans le sens de la menace, de la critique ou du jugement.
Dans un CSE, une agence bancaire, un open space, un comité de direction… ce ne sont pas des détails.
Ce sont des déterminants directs de la performance collective.
Comment peut-on encore imaginer que des salariés sous charge mentale chronique donneront le meilleur d’eux-mêmes ?
Comment peut-on feindre l’étonnement quand les erreurs, les tensions, les démissions s’enchaînent ?
Le travail n’est pas simplement “en crise”.
Le travail souffre de l’aveuglement de celles et ceux qui refusent de voir ce qui se joue dans les têtes et dans les corps.
On demande aux salariés de tenir… sans leur donner les moyens de tenir
Un cadre très simple a été posé : les 7 activités pour prendre soin de notre cerveau :
Connexion aux autres
Sommeil
Concentration
Repos
Jeu
Activité physique
Contemplation
Autrement dit : tout ce que notre quotidien professionnel pousse à sacrifier en premier… alors que ce sont ces activités qui nourrissent notre clarté mentale, notre mémoire, notre créativité, notre résilience.
On demande aux équipes de :
rester concentrées malgré les sollicitations permanentes,
absorber les objectifs, les contraintes, les restructurations,
accueillir les émotions des clients, des collègues, des équipes,
… sans leur donner un cadre, du temps ou des outils pour recharger leurs propres ressources.
Un passage de la formation m’a particulièrement parlé, à travers un texte sur le rôle de représentant du dialogue social :
Être représentant(e) du dialogue social, c’est parfois devenir le réceptacle des tensions, des doutes et des émotions des autres.
On écoute, on absorbe, on temporise, on amortit.
Et, à force de vouloir bien faire, on emporte ces émotions avec soi : sommeil plus léger, pensées qui tournent en boucle, charge mentale qui s’installe.
Ce n’est pas seulement vrai pour les élus : c’est aussi le quotidien des managers, des équipes RH, des conseillers, de toutes les fonctions “tampons”.
Un collectif qui ne protège pas ceux qui protègent finit par s’effondrer.
La sécurité psychologique n’est pas un concept. C’est un combat.
Un module entier était consacré à la sécurité psychologique, définie comme la possibilité de parler de ses difficultés, de ses erreurs, de ses vulnérabilités sans craindre le jugement, la honte ou le ridicule.
Ce n’est pas un luxe.
C’est le socle d’un environnement de travail sain.
Deux choses m’ont particulièrement marqué :
le rôle de “leader du cadre” : quelqu’un qui pose clairement où on se parle, quand, combien de temps, dans quelles conditions de confidentialité, avec quels objectifs et quels rôles. Ce n’est pas bureaucratique, c’est protecteur pour les cerveaux de tout le monde ;
la dyade d’écoute : un binôme où l’un dépose une situation délicate vécue récemment pendant que l’autre écoute en silence, sans juger, simplement présent. Puis on inverse. On découvre alors combien le silence d’écoute véritable est rare… et profondément apaisant.
Créer un cadre clair.
Protéger la parole.
Assurer la confidentialité.
Accorder un véritable temps d’écoute.
Apprendre à se réguler avant d’agir.
Ce ne sont pas des “soft skills”.
Ce sont des conditions de survie du collectif.
Des outils simples, concrets… et profondément politiques
Ce qui m’a plu, c’est le côté très pratique de la démarche. Quelques exemples à diffuser largement dans nos organisations :
la météo interne : une minute pour regarder son état physique, émotionnel, mental, et l’intention avec laquelle on arrive dans une interaction ;
le rituel de la main sur la poignée de porte : avant d’entrer en réunion ou en entretien, s’arrêter une seconde et se demander :
la respiration “3-4-5” (inspirer sur 3 temps, bloquer sur 4, expirer sur 5) pour envoyer au système nerveux un message de sécurité ;
la distinction entre régulation “top-down” (par la pensée : nommer l’émotion, la comprendre) et “bottom-up”(par le corps : respiration, posture, ancrage physique) ;
la Communication Non Violente (OSBD) : Observation – Sentiment – Besoin – Demande, pour sortir des reproches flous et aller vers des échanges clairs, responsables et humains.
Pris isolément, ce sont des outils.
Mis bout à bout, ce sont les briques d’un changement culturel : moins de violence ordinaire, plus de responsabilité relationnelle, plus de sécurité psychologique.
Et ça, oui, c’est profondément politique.
Le futur du travail passera par la santé mentale — ou ne passera pas
Nous entrons dans un monde où tout s’accélère : transformations, réorganisations, injonctions, outils, IA…
Mais un autre mouvement est déjà en marche :
le refus de sacrifier la santé mentale sur l’autel de la productivité.
Les salariés le disent.
Les managers le vivent.
Les élus le constatent chaque jour.
Cette journée de formation a renforcé une conviction que je porte depuis longtemps :
la prochaine révolution du travail sera émotionnelle.
Celles et ceux qui ne prendront pas ce tournant resteront du mauvais côté de l’histoire.
Merci. Et maintenant: place à l’action.
Merci à l’entrepriseKalee et à Albin Hamard pour la qualité de ce travail : un contenu rigoureux, incarné, profondément utile à celles et ceux qui, chaque jour, tiennent le collectif à bout de bras.
Merci pour ce rappel fondamental :
le courage ne suffit pas ;
il faut des outils ;
il faut des cadres ;
il faut des espaces où l’on peut être, avant même de pouvoir faire.
L’Écho du Changement continuera à porter ce combat.
Avec vigueur.
Avec exigence.
Avec humanité.
Parce que réparer le travail commence par là :
apprendre à ne plus s’oublier soi-même.
Gaelle MahieuNina SantosSylvie ROSALIEChristine LEVANTCarole DOLOIR Jerome Lafon Aurelie PetitclercNelly Giardina
#francktorressnb #francktorrescfecgc #linkedininsiders #santémentale
Lire la publication sur LinkedIn