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Résumé
Freud, dans Le Malaise dans la culture, évoquait le « narcissisme des petites différences » : cette propension des communautés voisines à se quereller pour des détails, précisément pour affirmer une identité singulière. Aujourd'hui, ce concept s'applique douloureusement à une partie du mouvement syndical. Quand le dogme éclipse le réel, c'est toujours le salarié qui paie.
Par Franck Torres
Sigmund Freud, dans Le Malaise dans la culture , évoquait le « narcissisme des petites différences » pour décrire cette propension des communautés voisines à se quereller pour des détails, précisément pour affirmer une identité singulière. Aujourd'hui, ce concept, malheureusement, ne se limite plus à la géopolitique ou à la sociologie des foules ; il s'invite avec fracas dans nos instances représentatives du personnel.
Nous vivons une époque paradoxale. Alors que le monde du travail subit des mutations violentes — digitalisation effrénée, perte de sens, pression sur les effectifs — nous, représentants du personnel, tombons parfois dans le piège de la division doctrinale. Ce miroir déformant de nos sociétés modernes, où la polarisation du débat public devient la norme, blesse profondément l'efficacité syndicale.
L'aveuglement du passé
Pourquoi, alors que nous arpentons les mêmes couloirs et écoutons les mêmes détresses, la doctrine prend-elle le pas sur l'enjeu immédiat ? C'est souvent le « poids du passé » qui agit comme un frein invisible. Les histoires respectives de nos organisations, leurs genèses, leurs vieux combats, créent des grilles de lecture rigides. Nous finissons par juger une proposition non pas sur sa pertinence pour le collègue assis en face de nous, mais sur sa compatibilité avec un dogme hérité d'un autre siècle.
C'est une erreur stratégique majeure. L'entreprise ne nous attend pas. La direction, elle, avance avec une logique comptable unifiée, pendant que nous nous épuisons à marquer notre territoire idéologique.
L'impératif de la réalité
Il est temps de revenir aux fondamentaux. Regardons autour de nous : nous défendons les mêmes collègues. Qu'ils soient cadres, techniciens ou employés, ils ne nous demandent pas de réciter le catéchisme de nos fédérations respectives. Ils nous demandent : « Qui va protéger mon poste ? », « Qui va s'assurer que ma charge de travail est soutenable ? ».
Nous combattons également les mêmes dérives : la déshumanisation des processus, la gestion par le stress, l'oubli de l'humain au profit du ratio. Face à ces géants, nos nuances doctrinales sont des luxes que nous ne pouvons plus nous permettre.
Vers un syncrétisme de l'action
Cela signifie-t-il que nous devons tous fusionner et gommer nos identités ? Absolument pas. La diversité syndicale est une richesse démocratique ; elle permet plusieurs lectures d'une même situation. Mais accepter nos différences ne signifie pas s'entre-déchirer.
Le syndicalisme moderne, celui qui veut peser réellement, doit passer de la « guerre de position » à la « coalition de mouvement ». Il s'agit d'accepter que l'autre élu, bien que portant une étiquette différente, puisse avoir raison sur un dossier technique. Il s'agit d'avancer en parallèle, dans le même sens, plutôt que de se faire face.
Ne laissons pas l'histoire de nos structures nous aveugler sur l'histoire que nous devons écrire aujourd'hui. L'efficacité ne se mesure pas à la pureté de la doctrine, mais aux victoires concrètes obtenues pour ceux qui nous ont fait confiance. Cessons de nous observer en rivaux pour nous regarder enfin en alliés de circonstance, unis par la seule cause qui vaille : l'humain au travail.
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