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NEWSLETTER · EN QUELQUES LIGNES

Résumé
C'est souvent dans le miroir que nous tendent nos lecteurs que se révèlent nos angles morts. Récemment, alors que je vous partageais ma vision d'un syndicalisme de demain, résolument tourné vers l'avenir et les nouvelles technologies, l'un d'entre vous m'a interpellé avec une justesse redoutable. L'urgence de transformer étouffe parfois la relation humaine qu'elle prétend servir. Écouter avant de réformer : ce courage-là ne s'improvise pas.
C'est souvent dans le miroir que nous tendent nos lecteurs que se révèlent nos angles morts. Récemment, alors que je vous partageais dans ces colonnes ma vision d'un syndicalisme de demain, résolument tourné vers l'avenir et les nouvelles technologiques, l'un d'entre vous m'a interpellé avec une justesse redoutable :
« Merci Franck pour signaler ou rappeler ces défis […] Je me permettrai d'en rajouter un autre qui concerne lui aussi et directement les salariés ; je veux parler du dialogue professionnel qu'il faut remettre en place car les espaces de discussion, autrefois tant attendus, ont malheureusement bien disparu de la vie des entreprises. Résultat : perte de sens au travail, santé mentale défaillante et surtout engagement fortement diminué. Nous, syndicalistes, n'oublions pas de le rappeler aux directions car la course effrénée au temps ne doit pas occulter l'essentiel : les relations humaines !! »
Cette remarque m'a percuté. Moi qui suis un technophile assumé, scrutant les innovations de notre époque, j'avais presque omis dans mon analyse la technologie la plus complexe, la plus vitale et la plus menacée de nos organisations : l'interconnexion humaine.
L'illusion de l'hyper-communication
Le sociologue allemand Hartmut Rosa a brillamment théorisé cette « accélération sociale » qui caractérise notre époque. Pour suivre le rythme dicté par les marchés et les technologies, nos entreprises se sont transformées en centrifugeuses. Nous n'avons jamais eu autant d'outils pour communiquer, et pourtant, nous n'avons jamais aussi peu dialogué.
Les véritables « espaces de discussion » ont été remplacés par des échanges purement transactionnels et dépendants. Avec son manager ou entre collègues, le dialogue se résume trop souvent à la validation d'une étape, au report d'un indicateur ou à la justification d'un délai. C'est un dialogue utilitaire, vidé de sa substance, où l'autre n'est plus perçu que comme un maillon d'une chaîne de production, qu'il s'agisse d'industrie lourde, de services ou de conseil.
Le silence, antichambre du burn-out
Quand on ampute le travail de sa dimension collective et délibérative, on isole l'individu face à la complexité de sa tâche. Accepter de comprendre l'autre, prendre le temps de s'écouter – qu'il s'agisse d'une difficulté technique, d'un doute stratégique ou d'une fatigue passagère –, ce n'est pas "perdre du temps" sur la productivité. C'est, au contraire, faire de la prévention primaire.
Le burn-out et les Risques Psychosociaux (RPS) ne sont pas uniquement le fruit d'une surcharge de travail quantitative. Ils naissent, comme le rappelle la psychodynamique du travail, de l'impossibilité de donner un sens à ce que l'on fait et de l'isolement face à la prescription. Quand il n'y a plus d'espace pour dire la difficulté, le corps et l'esprit finissent par s'effondrer.
Réhabiliter le temps de la relation
Le rôle d'un syndicalisme moderne et responsable, c'est justement d'être ce grain de sable dans l'engrenage de l'accélération. C'est de rappeler inlassablement aux directions de toutes nos filières professionnelles que la performance durable ne s'obtient pas en essorant les collectifs de travail, mais en les irriguant.
Nous devons exiger, et recréer nous-mêmes, des temps de respiration. Sortir d'une posture purement descendante pour écouter avec empathie, sans chercher immédiatement à "solutionner" ou à juger.
Un grand merci à ce lecteur pour sa clairvoyance. Et vous, dans l'urgence de vos journées, trouvez-vous encore des espaces pour simplement écouter et être écouté ?
Merci à Jérôme Melchior pour son commentaire
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