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Résumé
Avez-vous déjà gravi une dune de sable ? Pas regardé une dune. Pas photographié une dune. Gravi une dune — avec vos jambes, votre souffle, votre volonté. Le premier pas est trompeur. Le sable semble ferme. Vous vous élancez avec l'énergie de celui qui croit avoir affaire à une simple pente. Et puis, à chaque pas, le sol se dérobe un peu sous vous. Certains combats ressemblent à cette dune. On avance, on glisse, on avance encore.
Avez-vous déjà gravi une dune de sable ?
Pas regardé une dune. Pas photographié une dune. Gravi une dune — avec vos jambes, votre souffle, votre volonté.
Le premier pas est trompeur. Le sable semble ferme. Vous vous élancez avec l'énergie de celui qui croit avoir affaire à une simple pente. Et puis, au deuxième pas, quelque chose se dérobe sous votre pied. Le sable cède. Vous glissez. Vous avancez de deux pas pour n'en réaliser qu'un seul. Parfois même moins.
Chaque effort est réel. Chaque foulée est sincère. Mais le terrain ne coopère pas. Il absorbe votre énergie, neutralise votre élan, dilue vos intentions. Vous montez — c'est indéniable. Mais jamais aussi vite, jamais aussi loin, jamais aussi aisément que vous l'aviez espéré.
Je crois que nous vivons collectivement cette expérience dans le monde du travail. Et que peu de gens osent le nommer franchement.
Le sentiment de stagner sans être immobile
Ce qui caractérise la dune, ce n'est pas l'impossibilité d'avancer. C'est l'écart vertigineux entre l'effort fourni et le chemin parcouru.
Nous travaillons. Nous nous formons. Nous nous adaptons. Nous absorbons les réformes, les réorganisations, les nouvelles directives, les nouveaux outils numériques, les nouvelles injonctions managériales. Nous faisons tout ce qu'on nous demande de faire — et souvent bien davantage.
Et pourtant. Pourtant, beaucoup de cadres, de techniciens, d'agents de la fonction publique me confient ce même sentiment diffus, presque honteux tant il semble illogique : celui de ne pas vraiment avancer.
Les salaires réels stagnent malgré l'inflation. Les perspectives de carrière s'allongent et s'opacifient. Les conditions de travail s'intensifient sans que la charge se réduise. Le sens du travail, lui, s'érode — silencieusement, progressivement, comme le sable qui se dérobe sous vos pieds.
Deux pas pour n'en réaliser qu'un. Vous voyez l'image.
Tout est complexe. Tout est poussif.
La dune de sable a une autre propriété que les grimpeurs connaissent bien : elle est épuisante par accumulation, pas par intensité.
Ce n'est pas un seul effort brutal qui vous brise. C'est la répétition de l'effort inutilement redoublé. C'est la réunion de trop. Le rapport demandé en urgence qui ne sera jamais lu. La procédure révisée qui sera révisée à nouveau dans six mois. L'outil numérique imposé sans formation. L'objectif modifié en cours de route.
Chaque grain de sable, pris isolément, ne pèse rien. Ensemble, ils constituent un terrain qui résiste à toute progression fluide.
Ce que nous appelons dans le dialogue social la charge de travail invisible — cette énergie dépensée à naviguer dans la complexité organisationnelle plutôt qu'à produire réellement de la valeur — c'est exactement cela : la physique de la dune appliquée au monde professionnel.
La dune n'est pas une fatalité. Elle est un terrain.
Voici ce que j'ai appris des vrais grimpeurs de dunes — ceux qui pratiquent le sport en désert, pas en métaphore.
Ils n'attaquent pas la dune de front. Ils choisissent leur ligne. Ils avancent en biais, en cherchant les zones où le sable est plus compact, plus porteur. Ils acceptent de ne pas monter en ligne droite pour monter efficacement. Et surtout — ils ne grimpent pas seuls. En groupe, on se relève. On indique les zones stables. On ajuste le rythme collectivement.
Cette image dit quelque chose d'essentiel sur le rôle du syndicalisme moderne.
Notre mission n'est pas de prétendre que la dune n'existe pas. Ce serait du déni. Elle n'est pas non plus de décourager ceux qui veulent grimper. Ce serait de la résignation.
Notre mission est d'être ceux qui cartographient le terrain, qui identifient les zones portantes, qui défendent des règles collectives permettant à chacun d'avancer sans s'épuiser inutilement dans un sable mal balisé.
La formation continue qui rend le sable plus compact sous les pieds. La transparence salariale qui supprime les zones de glissement invisible. Le droit à la déconnexion qui impose des paliers de repos sur la pente. Le dialogue social de qualité qui choisit la ligne de progression collective plutôt que la course solitaire vers un sommet toujours repoussé.
Ce que je vous propose
Si vous lisez ces lignes, c'est probablement que vous connaissez ce sentiment. Cette fatigue particulière qui n'est pas celle du coureur après l'effort, mais celle du grimpeur de dune : un épuisement mêlé de perplexité, parce que vous avez fait votre part — et que le terrain, lui, n'a pas tenu ses promesses.
Nommez-le. Parlez-en. Refusez la honte de stagner dans un monde qui rend la progression structurellement difficile.
Et cherchez les compagnons de cordée. Ceux qui, comme vous, refusent à la fois le déni et la résignation.
La dune est réelle. Mais la crête existe.
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