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Résumé
A la façon de Michel de Montaigne (1533-1592), témoin intemporel de nos égarements Il est de la nature de l’homme de poursuivre l’espérance plus que la raison ne le voudrait. Toujours en quête de quelque promesse illusoire, il s’obstine, s’attache et se consume à poursuivre un mirage qui recule à me
A la façon de Michel de Montaigne (1533-1592), témoin intemporel de nos égarements
Il est de la nature de l’homme de poursuivre l’espérance plus que la raison ne le voudrait. Toujours en quête de quelque promesse illusoire, il s’obstine, s’attache et se consume à poursuivre un mirage qui recule à mesure qu’il avance. Or, en cela, il lui arrive souvent de ne point voir l’abîme qui sous ses pas se creuse.
À quoi bon tant courir, si c’est pour ne point savoir où s’arrêter ? Je tiens que l’homme d’esprit, tout comme le voyageur prudent, doit apprendre à discerner le moment où l’effort n’est plus vertu, mais témérité ; où l’acharnement n’est plus bravoure, mais aveuglement.
L’illusion des promesses sans lendemain
Nos entreprises modernes, tout comme les cours des rois d’antan, excellent en l’art de nourrir l’espérance pour mieux tenir le cœur des hommes en haleine. “Encore un peu, et voici que viendra la récompense”, disent-elles. Et tandis que l’un attend la reconnaissance, l’autre espère un soulagement de sa charge, et tous ensemble se laissent porter par ce qui pourrait être, oubliant ce qui est.
Mais s’il n’est point de crime à espérer, il en est un à s’y laisser prendre trop longtemps. Nul ne peut bâtir sa demeure sur le vent sans que la tempête un jour ne vienne tout disperser. Ainsi faut-il savoir, non point seulement attendre, mais juger : cette attente est-elle féconde ou stérile ? Nourrit-elle mon être, ou l’érode-t-elle comme la mer fait d’un rocher trop exposé aux flots ?
Quand persévérer devient une entrave à soi-même
Il est force d’hommes et de femmes qui, s’étant trop donnés à leur office, se trouvent un jour si vidés qu’ils ne savent plus ce qu’ils étaient avant de s’y perdre. Ceux-là n’ont pas manqué d’effort, mais de mesure. Ils ont cru qu’en donnant toujours plus, ils finiraient par trouver un équilibre, et n’ont point vu que cet équilibre, ils ne l’atteindraient qu’en apprenant à dire assez .
Je ne sache point d’autre maître en cette discipline que la sagesse de se connaître soi-même. Qui sait voir le seuil au-delà duquel il ne sera plus qu’ombre de lui-même a déjà remporté la plus grande victoire. L’homme le plus avisé n’est pas celui qui endure le plus, mais celui qui sait échapper au poids qui l’écrase avant qu’il ne l’anéantisse.
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