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Ce que la colère fait au syndicalisme (et ce qu’elle montre aux salariés)

Ce que la colère fait au syndicalisme (et ce qu’elle montre aux salariés)

Illustration en noir et blanc de deux silhouettes qui se font face, séparées par des éclairs.

Résumé

Le syndicalisme est un engagement de tension permanente. Une tension qui s'accumule au fil des années, des négociations stériles, des décisions déjà verrouillées. Cette tension entretient un nœud — parfois inconscient — entre l'élu et une forme de colère. La colère est une information. Elle dit quelque chose de réel. Mais quand elle devient le moteur, elle transforme l'élu en procureur — et les salariés n'ont pas besoin d'un procureur. Ils ont besoin d'un bâtisseur.

Le syndicalisme est un engagement de tension permanente.

Une tension qui s’accumule au fil des années, des négociations stériles, des décisions déjà verrouillées, des discours managériaux qui parlent d’humain tout en l’oubliant dans les arbitrages.

Cette tension entretient un niveau de colère élevé.

Parfois nécessaire.

Souvent utile.

Mais dangereuse lorsqu’elle devient permanente.

Quand la colère déborde

La colère peut être un moteur.

Elle empêche l’habituation à l’inacceptable.

Elle maintient la vigilance et la capacité à dire non.

Mais lorsqu’elle n’est plus canalisée, elle déborde.

Elle ne vise plus uniquement les décisions ou les politiques de la direction.

Elle se déplace.

Et trop souvent, elle se retourne contre d’autres syndicalistes.

Contre d’autres élus.

Parfois contre des militants qui partagent pourtant l’essentiel.

Je ne m’exclus pas de ce constat.

J’ai moi-même franchi cette ligne rouge à certains moments.

Un paradoxe syndical devenu visible

Nous défendons les mêmes salariés.

Nous combattons les mêmes dérives.

Nous poursuivons, dans le fond, des objectifs largement convergents.

Et pourtant, l’agressivité entre syndicats, et parfois au sein même d’un syndicat, est devenue presque ordinaire.

Ce paradoxe ne se joue pas seulement entre nous.

Il se joue sous le regard des collègues que nous représentons .

Ce que voient les salariés

Les salariés observent.

Ils lisent nos tracts.

Ils suivent nos échanges sur les réseaux.

Ils entendent les échos des tensions internes.

Lorsqu’ils voient des élus se déchirer, se disqualifier ou s’exclure mutuellement pour des raisons d’étiquette, ils ne voient pas un débat stratégique.

Ils voient une perte de repères.

Refuser une responsabilité à un élu non pour son manque de compétence ou d’expérience, mais uniquement pour son appartenance syndicale, envoie un message désastreux :

celui d’un syndicalisme plus occupé à se protéger qu’à défendre.

Une crédibilité fragilisée

Ces attitudes desservent directement notre mission.

Elles brouillent notre message.

Elles fragilisent notre parole.

Un syndicalisme qui apparaît divisé, agressif ou incohérent peine à convaincre.

Et un syndicalisme qui peine à convaincre perd progressivement la confiance de ceux qu’il est censé représenter.

Ce n’est pas une question d’image.

C’est une question d’efficacité.

Le miroir que nous ne pouvons plus éviter

Car ces pratiques reproduisent exactement ce que nous dénonçons chez certaines directions :

la mise à l’écart par principe,

la logique de camp,

la suspicion avant l’écoute.

Lorsque nous agissons ainsi, nous donnons aux directions un argument qu’elles n’ont même plus besoin de formuler.

Assumer un changement de posture

Je le dis sans détour : continuer sur cette voie est une impasse.

J’ai moi-même cru, à certains moments, que la fermeté passait par la dureté.

Que la stratégie justifiait certaines méthodes.

Aujourd’hui, je suis convaincu du contraire.

Changer de posture ne signifie pas renoncer au combat.

Cela signifie le rendre plus crédible aux yeux de ceux pour qui nous nous battons.

Un syndicalisme de maturité, sous le regard des salariés

Le débat syndical est nécessaire.

Le désaccord est sain.

La pluralité est une richesse.

Mais l’agressivité gratuite, l’exclusion par étiquette et les attaques personnelles sont des fautes politiques.

Parce qu’elles affaiblissent le syndicalisme là où il doit être fort : dans la confiance des salariés.

Nous n’agissons jamais seuls.

Nous agissons toujours sous le regard de celles et ceux qui nous ont mandatés.

Rassembler ne signifie pas s’aligner

Rassembler ne veut pas dire mener les combats ensemble.

Cela ne signifie ni l’uniformité, ni la dilution des lignes, ni la disparition des identités syndicales.

Chaque organisation a son histoire, sa culture, ses priorités, ses stratégies.

Et c’est sain ainsi.

Rassembler, c’est autre chose.

C’est accepter que des combats puissent être menés différemment, à des rythmes distincts, avec des méthodes parfois opposées, sans transformer ces différences en hostilité .

On peut ne pas signer les mêmes accords.

On peut ne pas porter les mêmes revendications.

On peut ne pas choisir les mêmes formes de mobilisation.

Mais on peut le faire sans se disqualifier mutuellement, sans s’attaquer personnellement, sans donner aux salariés le sentiment que les querelles internes comptent plus que leur réalité quotidienne.

Rassembler, ce n’est pas marcher au même pas.

C’est refuser de se tirer dans les jambes.

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